La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Chute de la maison Usher

La Chute de la maison Usher - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

C’est un objet insolite que cette Chute de la maison Usher mise en scène par Sylvain Maurice. Une expérience théâtrale et musicale qui prend finalement le chemin d’un certain classicisme.

L’envie et le plaisir d’un metteur en scène consistent souvent à rechercher la difficulté. En s’attaquant à une nouvelle d’Edgar Allan Poe, traduite dans la langue de Baudelaire, Sylvain Maurice a voulu faire passer la rampe à un texte dépourvu de théâtralité dont l’action baigne dans une atmosphère fantastique toujours pleine d’écueils pour la mise en scène. A ces deux obstacles, il en a rajouté un troisième : créer un spectacle mêlant musique et théâtre, une sorte de pièce-concert où chaque art aurait sa part égale. Certes, Debussy avait envisagé en son temps de faire un opéra de cet écrit de Poe, l’entreprise n’était donc pas si incongrue. L’histoire de cette maison Usher emprunte des chemins connus du genre fantastique : Rodrigue, ancien camarade de classe du narrateur, est l’héritier d’une vaste demeure. Il s’y morfond en compagnie de sa sœur, que l’on ne voit jamais, coincé entre des murs pleins de tristesse et un étang aux vapeurs méphistophéliques. Le narrateur, venu du monde extérieur, lui rend visite. Tout un univers gothique se déploie – un château isolé, une nature sauvage et habitée, un mort-vivant – auquel se superpose une imagerie symboliste qui offre entre autre à l’art (et aux substances opiacées) le pouvoir d’agir profondément sur l’âme, et à l’artiste celui d’accéder aux Idées. Comme souvent chez Poe, le récit fonctionne en gigogne et les événements restent possiblement le résultat d’hallucinations psychotropes. Restait à mettre en scène une telle matière.

Habileté prestidigitatrice
Dans le rôle du narrateur-personnage, Jean-Baptiste Verquin prend le parti bien senti d’un phrasé en apparence peu théâtralisé qui laisse entendre la poésie du texte sans en faire un objet d’admiration. Sylvain Maurice intercale des scènes où le domestique de la maison interprété par Philippe Rodriguez-Jorda montre une habileté prestidigitatrice à manipuler des objets et alimente un fantastique qui ne se prend pas trop au sérieux. La rapidité des changements, de scène à scène, contribue également à créer un sentiment d’étrangeté. On regrettera parfois que la vidéo ne permette pas d’installer un univers visuel plus inventif. Les activités artistiques de Rodrigue, seuls remparts à sa mélancolie, offrent à la musique et à la chanteuse androgyne Jeanne Added, un moyen naturel de s’intégrer à la narration. Tout est bien dosé, harmonieusement équilibré, et petit à petit se construit un spectacle simple et singulier, très agréable, tout en petites touches, en impressions, qui rend un bel hommage au texte et à ce que l’art, par l’invention, permet de ressusciter.
Eric Demey


La Chute de la maison Usher, d’après une nouvelle d’Edgar Allan Poe, mise en scène de Sylvain Maurice. Du 27 avril au 22 mai à la Maison de la Poésie de Paris. Rens 0144545300 ou www.maisondelapoesieparis.com.
 Spectacle vu au Nouveau Théâtre de Besançon.

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