Théâtre - Critique

Macbettu

© Alessandro Serra Macbeth en terre et en langue sardes : universel !

Théâtre Jean-Claude Carrière / D’après Macbeth de William Shakespeare / texte et mise en scène Alessandro Serra / Première en France

Un rituel impressionnant, intemporel, essentiel, taillé au cordeau. Interprétée par huit comédiens masculins, l’exceptionnelle mise en scène d’Alessandro Serra captive par sa profondeur et sa beauté. Un sommet !

C’est un moment de théâtre très rare qu’a offert le Printemps des Comédiens, un moment salué par un public impressionné par tant de force et de beauté. Alessandro Serra et les siens adaptent le chef-d’œuvre shakespearien en terre sarde, une terre antique et dionysiaque où d’étonnants carnavals et rituels mêlent le festif et le macabre. A Barbagia, dans l’arrière-pays sarde, les Mamuthones qui défilent parés de masques de bois inquiétants évoquent pour le metteur en scène la puissance de la nature, y compris l’événement improbable d’une forêt qui avance… En langue sarde, parlée, scandée, chantée, la mise en scène déploie une puissance archaïque, à la fois obscure et lumineuse, spirituelle et animale, car elle se forge avec une rigueur et une subtilité époustouflantes dans le creuset de cet oxymore et ce paradoxe si humain, qui révèle que l’homme est capable du meilleur ou du pire, que le combat entre le bien et le mal tient parfois à peu de choses. Interprétée par huit comédiens masculins, semblable en cela à la tradition du théâtre élisabéthain, l’adaptation se concentre sur les moments de basculement et les épisodes marquants de l’intrigue. Elle interroge de manière sublime la question de la soif du pouvoir et de la fragilité de la psyché humaine.

Admirable tragédie

N’est-ce pas la « bagatelle » d’une prédiction faite à Macbeth et Banquo, joués ici dans une sorte de gémellité, qui conduit au chaos, à la trahison et au crime ? Les effets de ce renversement des principes et de cette métamorphose s’inscrivent dans les corps et les consciences, dans un geste théâtral d’une poignante intensité qui entrelace les dimensions visuelle et sonore avec une maestria remarquable de précision. « Tout ce sang sur cette petite main. » : Macbettu, héros guerrier, sombre dans le meurtre parce qu’il se projette dans un avenir illusoire qui lui fait oublier tous les trésors du présent. Alors qu’il hésite devant le noir dessein de l’assassinat du vieux roi Duncan, Lady Macbeth, aussi puissante que Circé, de haute stature et aux longs cheveux, enlace et caresse doucement la tête nue de son époux comme on inocule un poison. La scène captivante est aussi frappante qu’un tableau de maître… Le régicide accompli, Macbeth accède au trône, perd le sommeil et s’enferme dans une solitude tourmentée. Dans cet univers tranchant, cet espace calligraphié avec une netteté millimétrée, les corps et les voix habitent l’espace de toutes leurs capacités. D’un repas de pourceaux terrifiant à un banquet délétère, du meurtre du roi à celui de la famille de Macduff, tout s’agence admirablement. Les sorcières, créatures vives et malicieuses, fantomatiques et burlesques, offrent grâce au rire un antidote contre l’effroi. Adepte notamment de l’enseignement de Grotowski, Alessandro Serra crée un théâtre organique, total, qui résonne longuement après la fin de la représentation.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Macbettu
du Lundi 11 juin 2018 au Lundi 11 juin 2018
Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse, 34090 Montpellier.

Le Printemps des Comédiens, du 1er au 30 juin 2018. Domaine d’O, 178 rue de la Carriérasse, 34090 Montpellier. Macbettu les 11 et 12 juin 2018 à 20h. Tél : 04 67 63 66 67. www.printempsdescomediens.com Tournée en cours.


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