La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Liliom

Liliom - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de la Colline.
Liliom, de Ferenc Molnár, mis en scène Galin Stoev. Crédit Photo : Elisabeth Carecchio

Théâtre national de la Colline / de Ferenc Molnár / mes Galin Stoev

Publié le 25 février 2014 - N° 218

Après sa création au Théâtre de Liège, le mois dernier, la mise en scène de Liliom signée Galin Stoev est présentée dans la grande salle du Théâtre de la Colline. Malgré une distribution de qualité, le drame de Ferenc Molnár peine à trouver, dans cette proposition, la chair de l’humain et de l’émotionnel.

Dans Liliom(1), pièce créée en 1909, Ferenc Molnár (1878-1952) nous fait entrer de plain-pied dans les faubourgs populaires du Budapest du début du XXème siècle. La vie n’est pas facile. La pauvreté est le lot commun. Après le travail, les bonnes à tout faire vont se changer les idées à la fête foraine, pour les beaux yeux de Liliom (Christophe Grégoire), bonimenteur de foire qui leur fait du gringue, les cajole, et les dépouille au passage du peu d’argent qu’elles ont au fond des poches. Elles tombent toutes amoureuses de lui. Julie (Marie-Eve Perron) ne fait pas exception à la règle. Mais cette fille-là n’est pas comme les autres. Liliom est attiré par son étrangeté, sa gaucherie, et décide de s’installer avec elle… Une drôle d’histoire que cette « histoire naïve et primitive » – comme le fait lui-même observer l’écrivain hongrois dans ses écrits – qui navigue entre drame et échappées fantasmagoriques post-mortem. Car devenu père de famille, le mauvais garçon se laisse entraîner dans un hold-up qui tourne au fiasco. Il préfère se donner la mort plutôt que de passer le reste de sa vie en prison. Et nous emmène, avec lui, de l’autre côté du miroir.

Vie et mort d’un bonimenteur

Traversée par toutes sortes se sentiments, toutes sortes d’évocations existentielles, la pièce de Ferenc Molnár casse les codes du naturalisme pour se muer en conte social. Un conte trouble, à la fois âpre et sensible, quotidien et onirique, dont Galin Stoev ne parvient pas vraiment à faire vivre le charme. On se souvient avec bonheur de certains de ses précédents spectacles (Danse Delhi d’Ivan Viripaev(2), Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux(3)). Mais, cette fois-ci, l’artiste d’origine bulgare ne suscite pas l’enthousiasme. Car il y a quelque chose de trop lisse dans cette mise en scène qui laisse de côté l’imagerie des faubourgs et du monde forain pour dessiner le cadre d’un univers passe-partout (la scénographie est d’Alban Ho Van). Les interprètes, pourtant, offrent de belles couleurs individuelles (Yoann Blanc, Anna Cervinka, Romain Dierckx, Christophe Montenez, Céline Ohrel, Marie-Christine Orry, François Prodhomme). Mais l’ensemble a du mal à faire corps. Du mal à investir les émotions et la profondeur humaine qui font de Liliom une pièce si attachante, si particulière.

Manuel Piolat Soleymat

(1) Pièce publiée aux Editions Théâtrales

(2) La Terrasse n° 188, mai 2011

(3) La Terrasse n° 191, octobre 2011

A propos de l'événement

Liliom
du Jeudi 6 mars 2014 au Vendredi 4 avril 2014
Théâtre national de la Colline.
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Du 6 mars au 4 avril 2014. Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30. Durée : 2h. Tél. : 01 44 62 52 52. www.colline.fr. Spectacle vu au Théâtre de Liège.


Egalement du 9 au 11 avril 2014 au Théâtre des Deux-Rives à Rouen, du 13 au 16 mai au Théâtre national de Bordeaux-Aquitaine.


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