La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Life and Times (episode 2)

Life and Times (episode 2) - Critique sortie Théâtre
Légende : Life and times : pas si disco qu’il n’y paraît. Crédit photo : Anna Stoecher

Publié le 10 mai 2012 - N° 198

On ne saurait conseiller à un ami d’aller voir Life and Times sans le prévenir auparavant qu’il s’expose à l’ennui. Pour autant, on ne saurait le recommander à son meilleur ennemi non plus, tant ce serait alors lui donner la chance de découvrir un spectacle à nul autre pareil.

Certains avaient découvert l’épisode 1 au Théâtre de la Ville l’an dernier. D’autres, les deux premiers à la suite dans la Cour des Célestins d’Avignon. Nombreux encore sont ceux à venir – les épisodes, il en sera peut-être autrement des spectateurs, puisque Kelly Cooper et Pavol Liska prévoient une dizaine d’épisodes en tout pour retranscrire cette  conversation téléphonique longue de seize heures, menée avec Kristin Worrall, une des artistes du Nature Theater of Oklahoma, et dont la retranscription, présentée comme fidèle presque mot pour mot, constitue la matière première de Life and Times. En somme, après avoir relaté l’enfance de Worrall de sa naissance jusqu’à ses six ans dans le premier épisode, la saga s’attarde maintenant sur la tranche neuf-quatorze ans de la vie de la protagoniste, dont la narration s’opère par chants chorégraphiés sur fond de musique synthé préenregistrée.

Un exercice qui confine parfois à la performance

En complet Adidas aux couleurs flashy, les comédiens-chanteurs à tour de rôle prennent en charge avec sérieux et talent la relation de cette conversation téléphonique. On se trouve dans une atmosphère expérimentale à la John Cage, par la volonté de faire spectacle sur de la matière non-théâtrale, se rapprochant scéniquement d’un certain kitsch warholien, avec litanie musicale, costumes dupliqués et chorégraphies millimétrées. Le tout n’en est pas moins mené avec un grand professionnalisme dans le sens où les principaux chanteurs – pour l’essentiel des chanteuses – déroulent parfaitement leur partition dans un exercice qui confine parfois à la performance tant il exige de la dextérité. Devant ce récit d’une pré-adolescence ordinaire – corps changeant, premières cigarettes et amours – qui s’articule autour de « hum », « yes », « like », autour de fins de phrase en tics de langage qui articulent le récit chanté tels des gimmicks musicaux, le spectateur se retrouve désemparé, l’esprit flottant à la recherche de ce que lui raconte la forme si particulière de ce spectacle : la banalité de la vie qui fait œuvre,  la musicalité inhérente au langage, l’universalité des enfances (occidentales), cette relation si particulière qui s’instaure avec la scène etc. A n’en pas douter, certains pourront se crisper, s’agacer, s’énerver, d’autres – surtout si comme vous ils sont maintenant prévenus – se laisseront emporter dans le flux ininterrompu de leur conscience s’ouvrant à une forme qui interroge radicalement ce que c’est tout compte fait qu’une vie : du temps vain qui fait récit et spectacle de son inanité.

Eric Demey


Life and Times (episode 2) de Kelly Cooper et Pavol Liska. Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris 18ème. Du 15 au 18 mai à 20h30. Tél : 01 42 74 22 77.

A propos de l'événement



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