La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Homme hors de lui

L’Homme hors de lui - Critique sortie Théâtre Paris La Colline – Théâtre National
Dominique Pinon et Christian Paccoud dans L’Homme hors de lui, de Valère Novarina. Crédit : Simon Gosselin

La Colline – Théâtre national / texte et mes Valère Novarina

Publié le 27 septembre 2017 - N° 258

Dominique Pinon, Christian Paccoud et Richard Pierre créent L’Homme hors de lui, de Valère Novarina, au Théâtre national de La Colline. Une heure dix de jaillissements lexicaux et d’embardées métaphysiques, au cours de laquelle l’auteur-peintre-metteur en scène réinvente le monde à travers les souffles du langage.  

S’il fallait encore une preuve de la force et de l’inspiration de l’univers de Valère Novarina – plus de trente ans après la révélation de son œuvre, au milieu des années 1980 – celle-ci nous est donnée en cette rentrée au Théâtre de la Colline. C’est là, sur le petit plateau du théâtre national dirigé par Wajdi Mouawad, que Dominique Pinon, accompagné du comédien Richard Pierre et de l’accordéoniste Christian Paccoud, donne corps, voix, souffle aux mots et aux chansons de L’Homme hors de lui*. La nouvelle création de l’auteur – également metteur en scène et peintre du spectacle – est plus qu’une réussite. Elle fait naître, en une heure et dix minutes, comme un concentré de la singularité et de la profondeur de son théâtre. Bien sûr aussi de sa cocasserie. Car l’écriture de Valère Novarina est tout sauf solennelle. Tout sauf poseuse. Elle s’élance, à travers de joyeuses ribambelles de paroles et de visions, à l’assaut des angles morts de l’existence. Elle s’escrime à réinventer le monde, à revivifier les circonstances du vivant. « Il faut, sur le théâtre, déverser le langage sans cesse, jusqu’à ce que parfois la parole passe aux muets et le langage voyage hors d’homme », déclare Valère Novarina. Un voyage, en effet. Hors d’homme et hors du ronron des conventions.

 

Un théâtre qui part des tréfonds du vivant

 

Cette pérégrination – tumultueuse et émancipatrice – est aujourd’hui portée par Dominique Pinon. Dans un quasi-monologue, le comédien (qui connaît parfaitement le théâtre de Valère Novarina pour l’avoir interprété à plusieurs reprises) s’empare magnifiquement des mots du Vivant malgré lui, puis de ceux du Bonhomme de terre, du Déséquilibriste et enfin du Chanteur en perdition. Ces quatre possibilités d’humains, il les investit avec un sens des nuances et des contrastes qui force le respect. Il y a une forme d’évidence dans sa façon de faire s’élever les fulgurances d’une écriture pourtant à bien des égards indocile. A la fois terrien et aérien, concret et métaphysique, Dominique Pinon éclaire les plis et les replis du monde augmenté qui s’offre à nous. On sort de cet ailleurs plus souriant, plus aventureux. A la fois plus consistant et plus léger. Après avoir été amené à distinguer les couleurs et les reliefs « d’autres réalités sous le réel », « d’autres choses sous chaque chose », « d’autres faces sous la première apparition ».

 

Manuel Piolat Soleymat

 

* Texte à paraître aux Editions P. O. L.

A propos de l'événement

L’Homme hors de lui
du Mercredi 20 septembre 2017 au Dimanche 15 octobre 2017
La Colline – Théâtre National
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Petit Théâtre. Du 20 septembre au 15 octobre 2017. Du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h. Durée de la représentation : 1h10. Tél. : 01 44 62 52 52. www.colline.fr


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