La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le corps du poète

Le corps du poète - Critique sortie Théâtre Lyon _Théâtre des Célestins
Le corps du poète, inspiré par le cinéaste Andreï Tarkovski. CR : Jean-Louis Fernandez

Théâtre des Célestins / textes de Antoine de Baecque, Julien Gaillard et Andreï Tarkovski / mes Simon Delétang

Publié le 27 septembre 2017 - N° 258

Simon Delétang donne à découvrir Tarkovski et son œuvre dans un spectacle passionné qui atteint partiellement son but.

Un cinéma plutôt contemplatif, des plans fixes où il ne se passe rien ou presque, tel était pour l’auteur de ces lignes le degré de connaissance – si on peut l’appeler ainsi – de l’œuvre de Tarkovski. Une des nombreuses lacunes de sa culture qu’a commencé de combler la pièce de Simon Delétang, consacrée au cinéaste russe, auteur de sept films dont Solaris ou Le Sacrifice, tous deux primés au festival de Cannes. Le souhait du metteur en scène de donner envie de découvrir l’œuvre de Tarkovski sera exaucé. Nul besoin, en effet, d’être fin connaisseur de son travail pour apprécier Le corps du poète. Le spectacle donne à découvrir un artiste exigeant – presque intransigeant –, à l’existence solitaire et douloureuse. Sa vie et sa personnalité se déploient sur scène en même temps que des éléments de son œuvre. Simon Delétang, nouveau directeur du Théâtre du Peuple à Bussang, cherche à rendre hommage à cet artiste qui l’accompagne depuis ses dix-neuf ans dans un spectacle somme, qui aurait cependant peut-être gagné à être moins large dans ses ambitions.

 

Mettre en mots la poésie visuelle du cinéaste

 

Un prologue issu des écrits d’Antoine de Baecque sur Tarkovski initie le spectacle. En russe et avec une fermeté qui réfléchit celle du cinéaste, Pauline Panassenko dresse le portrait d’un homme sans concession, cinéaste majeur du XXème siècle, lancé dans une quête d’idéal artistique qui se soucie peu de la réception de ses films et doit composer avec les obstacles posés par le régime soviétique. Le décor est planté et Stanislas Nordey peut incarner l’artiste le long d’une deuxième partie intitulée « Andreï ». Journalistes, proches et personnages de Tarkovski s’entrecroisent dans une grande chambre blanche au gré des sept films que Tarkovski parvint à créer en une trentaine d’années de carrière. Le récit biographique d’une existence douloureuse, d’une destinée quasi sacrificielle, est construit à partir du journal tenu par le cinéaste. Enfin, dans une dernière partie, Simon Delétang a confié à Julien Gaillard la tâche de mettre en mots la poésie visuelle de Tarkovski. On s’éloigne alors de la continuité chronologique pour tenter de faire exister sur le plateau les images du cinéaste, à la seule force des mots de Gaillard et de la présence de quelques éléments récurrents des films de Tarkovski. Une ambition en grande partie avortée. Les mots s’empilent alors dans une ode au « corps du poète » un peu grandiloquente, où perce davantage la passion du metteur en scène pour son sujet – qu’il embrasse certainement pour cela de trop près – que ne se déploie la poésie du cinéaste.

Eric Demey

A propos de l'événement

Le corps du poète
du Mercredi 11 octobre 2017 au Mercredi 11 avril 2018
_Théâtre des Célestins
4 Rue Charles Dullin, 69002 Lyon-2E-Arrondissement, France

Du 11au 15 octobre à 20h, le dimanche à 16h. Tel : 04 72 77 40 00. Durée : 2h. Spectacle vu au Théâtre National de Strasbourg. En tournée au théâtre des Quartiers d’Ivry du 2 au 6 mai, à la Comédie de Reims le 11 mai.


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