La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Vagues

Les Vagues - Critique sortie Théâtre
Crédit : Elisabeth Carecchio Légende : « Deux générations de comédiens surfent sur Les Vagues. »

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

Marie-Christine Soma fait cogner sur la scène Les Vagues de Virginia Woolf dans le bruissement et la respiration d’une vie insaisissable. Avec le jeu parallèle de deux générations subtiles d’acteurs au sommet de leur art.

Peindre la vie et l’égrènement des instants est une étrange entreprise qui échappe souvent à l’auteur, dépositaire d’une expérience dans le monde qui le traverse et le transcende. Virginia Woolf est l’une de ces voyageuses existentielles dont l’écriture est mode de vie et salut. Son roman, Les Vagues, retrace la vie d’amis d’enfance, Bernard, Suzanne, Rhoda, Neville, Jinny et Louis, jusqu’à leur maturité. Les monologues intérieurs, les éveils à la conscience, s’échangent sans nulle adresse des uns aux autres. La mise en scène de Marie-Christine Soma s’élève à hauteur de l’exigence poétique de l’œuvre. Pour décor, une suite de pièces que séparent des parois semi transparentes sur lesquelles jouent les lumières spectrales de la mémoire et de l’enfance fiévreuse, une porte, une fenêtre, un hall… Sur un mur latéral, sont projetées des images vidéo de feuilles tremblantes et d’herbes soulevées par le vent, de soleil éblouissant sur le feuillage doré des arbres. Les états changeants de la mer reflètent la mosaïque des sensations et des sentiments de l’être. L’amitié se noue à l’ombre de la Nature, chemins, bois, baisers printaniers et rayons du jour sur les claies des volets de la maison.

Coloration délicate

Reviennent les souvenirs du temps passé au pensionnat et du retour en train, à la ville ou à la campagne. Et l’ami absent Perceval aimante le groupe de son charme puissant ; il meurt aux Indes d’une chute de cheval, auréolé de rêve. Arrive l’éloignement inévitable des amis d’autrefois. Bernard, l’écrivain, s’exclame : «Mais pour exprimer la douleur, les mots manquent. Il faudrait ici des cris, des craquements, des fissures, des reflets blancs passant sur la cretonne des tentures, une nouvelle perception du temps, de l’espace. » Les mots déclamés captent la coloration délicate des natures végétales et des paysages, la danse des papillons blancs réduits en poussière, le foin qui ondule dans les prés, l’eau miroitante et son reflet tremblant. Pourquoi penser dans un moment où l’instant présent existe, où l’on oublie son inadéquation au monde ? Les acteurs installent une longue table à nappe blanche et bougies. Rhoda, figure de Woolf, prédit son vieillissement dans le flux du temps et souffre de ne pouvoir fondre le moment présent avec le monde à venir. Les merveilles de l’âge tendre disparaissent sans qu’on puisse les retenir. Pour lutter contre la Mort, deux générations d’acteurs alternent sur le plateau, Barbin, Clavier, Delore, Gastaldi …, Barché, Carette, Clichet, Pallu…, passant par-dessus les années, embellis par les épreuves ou rendus plus légers par le bonheur d’être. Un rendez-vous de théâtre ravissant.

Véronique Hotte


Les Vagues de Virginia Woolf, traduction de Marguerite Yourcenar ; mise en scène de Marie-Christine Soma. Du 14 septembre au 15 octobre 2011. Du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h, dimanche à 16h. La Colline 15 rue Malte-Brun 75020. Tél : 01 44 62 52 52. Durée : 3h.

A propos de l'événement



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