La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Marion Bierry

Les Romanesques d’Edmond Rostand, mis en scène par Marion Bierry

Les Romanesques d’Edmond Rostand, mis en scène par Marion Bierry - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Avignon Off. Théâtre du Girasole
Marion Bierry Crédit : DR

Entretien
Marion Bierry
Théâtre du Girasole / texte d’Edmond Rostand / mes Marion Bierry

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

Marion Bierry adapte et met en scène le premier succès d’Edmond Rostand dans lequel Percinet et Sylvette jouent à s’aimer sous la houlette ingénieuse de leurs deux pères. Un savoureux éloge du théâtre.

Que raconte cette pièce ?

Marion Bierry : Rostand reste l’auteur de Cyrano. On oublie le reste. Pourtant quel poète ! En plein règne du naturalisme, il prend une autre voie. Dans Les Romanesques, le pivot de l’action est un mur. Il sépare les parcs de deux ennemis. Leur fille et leur fils sont tombés amoureux. Le mur sera démoli – c’est encore le début de la pièce – puis tout va dérailler. Rostand mène Roméo et Juliette, puis Hernani, vers la comédie. Et Corneille l’accompagne. Le personnage de l’acteur, engagé par les deux pères pour soutenir la passion de leurs enfants, brouille les cartes. Rostand nous parle de réalité et d’illusion, ce couple indissociable ; il questionne l’imaginaire. Que reste-t-il à imaginer quand tout devient prévisible ?

« Le théâtre, en tant qu’art, se doit de résister aux impératifs de la culture. »

Cette pièce est un éloge des pouvoirs du théâtre…

M.B. : Les personnages des Romanesques jouent à jouer. Je le faisais, petite, dans les décors du Théâtre de Poche, de Gennevilliers, etc. Je ne choisis jamais rien, tout geste artistique est une nécessité. Les œuvres cheminent à mes côtés et, soudain, me deviennent indispensables. Ici, leur joie, là, leur tragique, viennent panser une plaie. Cette comédie cache une nostalgie. Elle est un manifeste de notre art. Le théâtre reste le lieu du courage. Il ne dénonce pas, il se bat. Le théâtre, en tant qu’art, se doit de résister aux impératifs de la culture. Il demeure révolutionnaire : il n’instruit pas, il émancipe. J’aime cette phrase de Lacan : « Il y a plus de vérité dans le dire de l’art que dans n’importe quel bla-bla. »

Quelle idée guide votre mise en scène ?

M.B. : Je mets en scène lorsqu’enfin le spectacle danse en moi. L’œuvre s’impose telle un tableau en mouvement. Je cherche à reconstituer ce rêve qui s’est effacé dans la journée. Je fouille l’infiniment petit du texte pour trouver l’étendue de sa pensée.  Je m’attache à éclairer la partition invisible : la parole de l’auteur qui, elle, n’est pas écrite. Sans elle, le théâtre ne serait que littérature. J’aime rester cachée. Le danseur ne rend pas visible la barre au sol, ni l’architecte les fondations.  Réduire la mise en scène à une « idée », c’est du marketing. Rien n’est plus éloigné d’une pensée que « l’idée ».

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Les Romanesques d’Edmond Rostand, mis en scène par Marion Bierry
du Vendredi 5 juillet 2019 au Dimanche 28 juillet 2019
Avignon Off. Théâtre du Girasole
24bis, rue Guillaume-Puy

(relâche les 8, 15 et 22 juillet) à 12h50. Tél. : 04 90 82 74 42.


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