La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Olivier Py

Olivier Py - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Victor

Publié le 10 mai 2008

Faire chanter le grec et résonner le logos

Olivier Py clôt sa première saison à la tête du Théâtre de l’Odéon avec L’Orestie, tragédie où les forces chtoniennes de la vengeance sont maîtrisées par Athéna. Monumentale et musicale, sa version conduit toutes les puissances du plateau sur le chemin poétique de l’apothéose de la raison.

Quelle part accordez-vous à la dimension politique de cette pièce, éloge de la démocratie ?
Olivier Py : Les trente dernières années ont été fascinées par la parole politique d’Eschyle. Certes c’était un démocrate militant (Périclès était son chorège), mais il est important de ne pas plaquer une grille de lecture contemporaine sur la théologie et la psychologie eschyliennes. Eschyle est un poète de l’espoir, il croit que la concorde est possible et qu’on peut mettre fin à la reconduction de la violence par la parole, incarnée par Hermès. Cette pièce est porteuse d’un équilibre général, cosmique et pas seulement politique.
 
Quelles leçons tirer de cette pièce ?
O. P. : Les hommes vont pouvoir décider de leur destin et s’émanciper du jeu des forces obscures. En cela, Eschyle est d’actualité : prenons notre destin en main, suggère-t-il, et que les puissances obscures retournent sous terre ! Les hommes ont vocation à sortir de l’obscurité par la nomination. La pièce ne prône pas seulement l’instauration de la démocratie mais celle d’une organisation totale soumise à une transcendance dont Athéna est le symbole. Eschyle ne croit pas à Athéna comme un chrétien au Christ. Athéna est une force, celle de la raison transcendantale qui est ce qu’il y a de plus juste et qui permet de créer des lois. Il ne s’agit pas de s’émanciper des dieux mais de laisser les dieux dans leur rôle divin, et d’ainsi mieux comprendre la place des dieux et celle des hommes.
 
Pourquoi avoir choisi de faire chanter le chœur en grec ancien ?
O. P. : Je n’aime pas les chœurs qui parlent. Le chœur doit chanter. On ne peut pas parler tous en même temps ; la parole est toujours dialectique. En revanche, on peut chanter ensemble. Le chœur chante en grec ancien surtitré et c’est très beau ! Dans la mesure où l’action eschylienne est très tendue, les chants du chœur offrent un effet de distanciation, le public se mettant à méditer sur ce qu’il vient de voir par ce jeu d’imbrication entre parole poétique et parole dramatique.
 
« Cette pièce est porteuse d’un équilibre général, cosmique et pas seulement politique. »
 
Pourquoi avoir choisi de retraduire le texte ?
O. P. : La plupart des traductions de L’Orestie sont faites pour être lues. Pour le livre, on peut s’accommoder des ambiguïtés et laisser le lecteur résoudre les énigmes, mais ce n’est pas possible pour la scène car le spectateur ne dispose pas de notes de bas de page permettant de souligner les incertitudes du texte. Il faut nécessairement faire un choix puisque l’herméneutique du théâtre le fait de toutes façons. Traduire Eschyle présente une immense joie mais aussi des difficultés car on a affaire à une société très éloignée de la nôtre et à une langue très métaphorique. On ne sait jamais si on a affaire à une métaphore, un proverbe dont il faut trouver le sens ou auquel il faut trouver un équivalent, une périphrase, s’il faut traduire littéralement ou pas. Presque tout est imagé et c’est la traduction de ces images qui est difficile. Eschyle charrie un monde englouti qu’on ne connaît pas.
 
Quel français avez-vous choisi pour votre traduction ?
O. P. : On a souvent l’impression d’un français du 19e siècle à la lecture des traductions de ce texte. Comme j’ai passé des années à me constituer un français, je l’ai utilisé en le rendant un peu plus sec et en évacuant toutes ses références chrétiennes. On va sans doute m’accuser de christianiser le texte mais il est frappant d’y trouver déjà une proximité avec le monothéisme. Tous les dieux n’ont pas le même statut chez Eschyle : il y a chez lui un monothéisme de Zeus autour duquel les autres dieux figurent des allégories. La théologie eschylienne est celle d’Homère mais en un peu plus « zeusienne », centrée sur un dieu irreprésentable dans sa totalité. Objectivement, je ne pense pas que ce soit une projection chrétienne. A bien des égards, on voit qu’il y a là une source du christianisme et que celui-ci est bien la synthèse entre Athènes et Jérusalem. Nietzsche, qui ne trouvait pas le fonds païen chez les tragiques, ne s’y était pas trompé ! Eschyle est en effet un auteur bien peu dionysiaque !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


L’Orestie, d’Eschyle ; texte français et mise en scène d’Olivier Py. Du 15 mai au 21 juin 2008. Spectacle en deux parties ou en intégrale. Agamemnon le mardi et le jeudi à 20h. Les Choéphores et Les Euménides le mercredi et le vendredi à 20h. Intégrale le samedi et le dimanche à 16h. Relâche le lundi. Odéon-Théâtre de l’Europe, Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon, 75006 Paris. Réservations au 01 44 85 40 40.

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