« Machine à Spectacle » de Solène Wachter sur la mécanique de l’illusion, du trucage et du risque
Danseuse au parcours remarquable, Solène [...]
« Danses mortelles », comme le veut le sous-titre de cette nouvelle édition d’Excentriques, mais jamais d’ennui ! Neuf projets, dont des créations, un ciné-danse, des rencontres, montrent un irrésistible élan vital.
Danse mortelle est d’abord le titre du film de Bastien Gens, diffusé à Excentriques : en appui sur l’épisode aussi mystérieux que meurtrier de l’épidémie de danse qui eut lieu à Strasbourg en 1518, le documentariste explore l’état de transe et d’extase souvent lié à la danse et tente de dénouer l’étrange paradoxe entre énergie vitale et danse mortelle. C’est sur cette même base historique et réflexive que Mette Ingvartsen avait conçu son solo The Dancing Public, qui partage la même soirée, en proposant aux spectateurs une immersion dans une danse cathartique, libératoire, excessive. Autant dire un projet politique ! C’est aussi une posture que l’on retrouve dans le travail de la jeune chorégraphe espagnole Inka Romaní, révélée il y a peu par Fandango Reloaded, capable grâce à une équipe de danseurs et danseuses survitaminés, d’une passerelle tonique entre danse traditionnelle et pratiques d’aujourd’hui. À la Briqueterie, elle présente un solo qui retrace le fond de sa démarche, dans une forme performative et didactique. Volvamos al baile convoque l’histoire de sa danse en écho aux répressions du régime franquiste, pour mieux ranimer son essence et en faire le terreau d’un expression contemporaine et personnelle.
Rituels cathartiques, acte de soin, provocation ou conjuration : les mille et une morts à danser
Est-ce la mort, ou alors le geste qui sauve, qui préside au geste de Vincent Dupont, en duo avec Sylvain Prunenec ? Tristement d’actualité, la question de la noyade a été remise sur le devant des préoccupations politiques, et c’est justement le point d’accroche choisi par le chorégraphe. Puisant dans des événements personnels ou des drames sociaux, I am here invite les deux formidables danseurs à un répertoire d’actions livrées en profondeur, creusant les présences mobiles et immobiles, vivantes et marionnettiques, aux confins de l’attention et du soin. La nouvelle création de Solène Wachter joue quant à elle sur la mécanique du spectacle pour en extraire ce qui constitue les prises de risque, dans les situations où les cascadeurs font l’illusion du show. Dans sa Machine à Spectacle, la chorégraphie côtoie en trompe l’œil l’accident et la feinte, comme une conjuration.
Nathalie Yokel
Tél. : 01 46 86 17 61.
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