La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Bonnes

Les Bonnes - Critique sortie Théâtre
Crédit : Eric Heinrich Légende : « Les Bonnes, une drôle d’histoire de femmes entre elles ».

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Guillaume Clayssen rend hommage aux Bonnes dans un Three women show d’enfer, un délire sacrilège et libertaire en forme d’éloge féminin. Too much !

Dans Les Bonnes de Genet, Claire et Solange sont au service de Madame, soumises à leur condition servile. Tandis que Madame sort le soir pour ses divertissements urbains, les sœurs se prêtent à une « cérémonie » dans la chambre abandonnée. C’est le temps d’un jeu de rôles pervers – funèbre et floral – au cours duquel Claire revêt les atours de Madame pendant que Solange joue Claire, une relation théâtrale élaborée de maîtresse à servante, une tentative à chaque fois inaboutie et renouvelée d’en finir avec la tyrannie grâce au projet libérateur du meurtre magistral. Les Bonnes, en s’adonnant au théâtre dans le théâtre, figurent des artistes ascétiques et tragiques. Elles ne sont en mesure d’incarner scéniquement leur rituel sacré que parce que leur vie n’est qu’abnégation, persévérance et abstinence. Si les deux guerrières domestiques abhorrent leur travail, elles n’en aiment pas moins ce qui dans cette activité humiliante est l’occasion de se découvrir elles-mêmes. L’enjeu est vertigineux pour les metteurs en scène et les comédiennes qui s’essaient à une telle aventure dramaturgique de révélation et d’exorcisme. En soulignant avec insistance ce caractère d’étrangeté onirique, Guillaume Clayssen tire le spectacle vers un délire baroque et sacrilège.
 
Vision baroque
 
La cérémonie revêt des couleurs de show TV, avec micro et effets sonores : un artifice réussi du côté de la surenchère et de l’ironie, de la distance et de la comédie. Chants religieux, prières, psalmodies, Solange (Flore Lefebvre des Noëttes) et Claire (Anne Le Guernec), jeu juste et âpre, sont vêtues de la bure des religieuses, une robe informe et sans couleur, coiffées d’une perruque blonde synthétique. Quant à Madame (Aurélia Arto), plus jeune que ses soubrettes, son portrait en pied dévêtu est inspiré de la Marie-Antoinette de Sofia Coppola, perruque blanche de cour XVIIIe et corps de photos glacées de magazine, doté de postures ludiques et provocantes soft. Face au luxe clinquant de cette image féminine de pouvoir, les sœurs résistent en opposant une austérité transmuée en art sacrificiel, en drame et en crime parfait. Le sacrifice se fait au prix d’un art brut spontané auquel se réfère Flore Lefebvre des Noëttes – tel Wajdi Mouawad interprétant Seuls(s) – : l’actrice barbouille son corps en majesté de peinture rouge, du rouge de la robe d’apparat de Madame, du velours royal de théâtre et du sang des mortels. À travers le don de soi, c’est la promesse envoûtante d’un bonheur durement conquis. Le plateau et le mur du fond de scène se tapissent de vêtements et d’objet confectionnés, les images des femmes anonymes asservies et niées. Les murs de la salle, ornés de vitrines lumineuses, portent les répliques de chambres mortuaires. Une vision baroque plutôt décalée.
 
Véronique Hotte


Les Bonnes, de Jean Genet ; mise en scène de Guillaume Clayssen. Du 30 mars au 16 avril 2011, mardi, mercredi, vendredi 20h30, jeudi 19h30, samedi 16h et 19h30. L’Étoile du Nord, 16 rue Georgette Agutte 75018 Paris. Réservations : 01 42 26 47 47. Spectacle vu à la Comédie de l’Est, CDR d’Alsace – Colmar.

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