La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Guillaume Vincent

Guillaume Vincent - Critique sortie Théâtre
Légende : « Le metteur en scène de The Second woman. »

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Un work in progress ou le stimulant chemin de la création

Après L’Éveil du printemps de Wedekind la saison dernière, Guillaume Vincent passe à la mise en scène d’opéra en créant The second woman (Opening night-Opéra), du compositeur musical Frédéric Verrières inspiré du film Opening Night de Cassavetes. Avec la soprano américaine Elizabeth Calleo.

Est-ce en fan du cinéma de Cassavetes que vous créez The second woman ?
Guillaume Vincent : Dans Opening Night (1978), John Cassavetes retrouve Gene Rowlands pour un jeu pirandellien sur le théâtre. Comme à son habitude, le cinéaste rend hommage à ses interprètes, voyant en eux la force créatrice authentique. Pour lui, c’est l’intensité des émotions qui compte, la vérité et la liberté d’expression. Les situations sont des happenings concertés dans lesquels les comédiens vivent et ne jouent pas – la vie et le jeu se confondent. Les interprètes s’abandonnent à des comportements imprévisibles, depuis la comédie la plus débridée jusqu’au drame. Mais l’idée de Opening night-Opéra appartient au compositeur du livret Bastien Gallet, qui s’est inspiré du film au départ, mais s’en est considérablement éloigné dans la version finale. The Second woman relate les difficultés d’une cantatrice à trouver sa voix, éprouvée par ses propres remises en question.

En quoi le projet est-il engageant pour le metteur en scène que vous êtes ?
G. V. : Le compositeur Frédéric Verrières a écrit sur mesure cet opéra contemporain, prenant en compte les particularités de la voix lyrique de chacun des chanteurs et mêlant ensuite ces éléments disparates afin de révéler la mise en scène et sa fabrication, avec ses différentes étapes du travail d’improvisations, ses notes de répétitions et son apport de vidéo. À côté de la soprano, le baryton, la mezzo et la chanteuse pop. Il en ressort une impression de répétition d’un opéra classique que traversent des espaces d’improvisation et des zones de théâtralité plus ou moins spontanée.
« Ce qui empêchait l’œuvre d’advenir devient l’œuvre elle-même. »
 
Comment la musique s’impose-t-elle ?
G. V. : La musique de Frédéric Verrière est particulière ; un matériau fait des morceaux de musique déjà composés qu’il recompose et qu’il se réapproprie musicalement, tels des airs d’opéra qu’on a l’habitude d’entendre mais qui, changés et transformés, varient à l’infini. C’est un jeu entre l’original et la création nouvellement née. La musique de Verdi, Puccini, Berg, Bartok, Debussy… est propice à toutes les fantasmagories. La représentation fait place à des espaces plutôt dévolus à la musique qu’au théâtre. Le défi est passionnant : tantôt les chanteurs lyriques du mode opératique travaillent à trouver un juste équilibre entre paroles écrites et parlées plutôt déclamatoires et paroles chantées ; tantôt les interprètes privilégient un théâtre réaliste.

C’est l’expérience artistique que vous interrogez en profondeur.
G. V. : On entre vraiment dans les affres de la création avec les problèmes techniques que cela pose, entre La Nuit américaine de François Truffaut et Les Acteurs de bonne foi de Marivaux, en passant par le théâtre de Pirandello et ses Six Personnages en quête d’auteur. Ce sont des moments de répétitions dans lesquels les acteurs posent des questions autant de fond que de forme. Le projet a été écrit sur mesure pour les chanteurs, afin que les figures requises soient proches d’eux, de leurs goûts, de leurs angoisses, de leur parcours. La tension se joue entre une sorte de réalisme évident et les interprètes qui se mettent à chanter. On assiste à la représentation des débats qu’il y a eu sur tel ou tel sujet, mis en question par les chanteurs et le chef d’orchestre. Ce qui empêchait l’œuvre d’advenir devient l’œuvre elle-même. Un work in progress en bonne et due forme.

Quel est l’argument du livret ?
G. V. : Une cantatrice qui vieillit perd ses certitudes et s’interroge sur le meilleur endroit où placer sa voix ; elle cherche en même temps sa voie. Le planning des répétitions devient un enfer, un canevas pirandellien qui promène le spectateur au gré des hallucinations de la dame à travers une revue des grands rôles du répertoire. Avec Elizabeth Calleo pour le rôle principal, Marie-Ève Munger pour le spectre, Jeanne Cherhal pour la chanteuse pop, Jean-Sébastien Bou pour le baryton, Philippe Smith pour le metteur en scène et Jean-Yves Aizic pour le pianiste accompagnateur, sous la direction musicale de Jean Deroyer avec l’ensemble Court-circuit. Un grand moment !
 
Propos recueillis par Véronique Hotte


The Second woman (Opening Night – opéra), librement inspiré du film de John Cassavetes ; mise en scène de Guillaume Vincent, musique de Frédéric Verrières, texte de Bastien Gallet. Du 26 avril au 13 mai 2011, du mardi au samedi à 21h, relâche dimanche et lundi, et les 28 avril, 5 mai et 11 mai. Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle 75010 Paris. Réservations : 01 46 07 34 50

A propos de l'événement



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