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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le triomphe de l’amour

<p>Le triomphe de l’amour </p> - Critique sortie Théâtre
Photo credit photo Paul Evrard: Quarante ans après son premier album, Stivell signe « Emerald » entre nostalgie et sonorités contemporaines.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Jubilation et fantaisie caractérisent cette tonique mise en scène du
Triomphe de l’Amour,
centrée sur le plaisir du jeu et les élans du sentiment
amoureux, dont la victoire promet un nouvel ordre politique.

«  Il est vrai que tout se passe dans le c’ur, mais le c’ur a bien
des sortes de sentiments 
» : la vérité du c’ur selon Marivaux, si elle est
claire, emprunte des chemins détournés pour arriver à ses fins.
Travestissements, jeux de rôles entre maîtres et valets, confusions, désordres
et errements ponctuent le fil de l’intrigue, qu’un langage précis dessine comme
un mécanisme d’horlogerie. Le masque du mensonge agit comme révélateur, et sert
à vaincre les obstacles pour faire triompher le sentiment amoureux, en même
temps qu’un nouvel ordre politique. Les femmes tiennent souvent chez Marivaux
une place de premier rang. Ici la princesse Léonide tombe amoureuse d’Agis, qui
devrait régner à sa place mais dont le trône a été usurpé par la famille de la
princesse. Elevé par le philosophe Hermocrate et sa s’ur Léontine, Agis vit en
reclus, il a appris à se méfier des sentiments, à aduler la raison et à haïr la
princesse ennemie. Comment faire pour l’approcher, parvenir à gagner son amour
et lui rendre le pouvoir ? Le complot amoureux mis au point par la princesse se
double d’une visée politique, combinant réconciliation et justice. Projet
ambitieux pour une jeune femme, déterminée comme une guerrière. Agnès Fabre lui
donne l’assurance de la jeunesse !

L’amour se dit avec des fleurs, mais en bousculant les conventions

A chaque réplique, telle une passe d’escrime, elle vise juste, et touche.
Quant à Adama Diop dans le rôle d’Agis, il combine à merveille une certaine
naïveté, due à son éducation austère, et une intelligence vive, qui s’adapte à
la nouveauté, s’éveille à l’amour et à l’autonomie. L’action se déroule dans les
jardins d’Hermocrate, serre dépouillée au début, puis plus fertile et
verdoyante. L’amour se dit avec des fleurs, mais en bousculant au maximum les
conventions et les habitudes. Ce jardin extraordinaire virevolte et prend vie,
une magie puissante comme un philtre s’y exprime, évoquant les pouvoirs de
Vénus, Cupidon et Dionysos, ainsi que celui du théâtre ! Il faut cueillir les
fruits de la vie… La douceur et le piquant de l’amour emportent les c’urs,
tandis que la vérité a le dernier mot. Hermocrate – Didier Ruiz – et Léontine ?
Cécile Leterme ? l’apprendront à leurs dépens. Quelle fantaisie dans la mise en
scène de Cendre Chassane, qui jubile à montrer les multiples conséquences du
complot, des mirages les plus désuets, comme dans un vieux film hollywoodien, au
concret le plus trivial. Avec des accents féériques, épiques et hédonistes, la
pièce donne à voir la confusion et le désordre en évitant le tragique, en
affirmant au contraire le plaisir du jeu, l’ivresse des sentiments et
l’apprentissage de la liberté. Apprentissage émerveillé pour les uns, cruel pour
les autres. Un très bon moment de théâtre, tonique et gracieux, par une équipe
de comédiens convaincante et une jeune metteuse en scène à suivre !

Agnès Santi

Le Triomphe de l’Amour de Marivaux, mise en scène Cendre Chassane,
le 9 mars 20h30 au Théâtre Romain Rolland, 19 rue Eugène Varlin, 94 800
Villejuif. Spectacle créé au théâtre Jean Arp à Clamart. Tél : 0141901702.
Tournée en cours

A propos de l'événement



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