La Terrasse

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Théâtre - Entretien

Le théâtre, outil de connaissance… pour tous !

Le théâtre, outil de connaissance… pour tous ! - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Ville
Olivier Py. Crédit photo: Carole Bellaiche

Le Diable, la Jeune Fille et le Moulin / D’après La Jeune Fille sans mains des frères Grimm / adaptation et mes Olivier Py / dès 6 ans

Publié le 25 septembre 2014 - N° 224

Olivier Py a toujours affirmé la nécessité de créer et programmer du théâtre pour le jeune public. Recréé au Festival d’Avignon cet été, Le Diable, la Jeune Fille et le Moulin met en scène le parcours initiatique semé d’embûches d’une jeune fille, dont le père imprudent et naïf pactise avec le diable. Un théâtre de tréteaux simple et beau. 

Que pensez-vous du conte en tant que genre littéraire ?

Olivier Py : Je ne suis pas attaché au genre du conte mais aux Grimm, tout d’abord parce que leurs contes ne s’adressent pas aux enfants. Je ne les lisais pas quand j’étais petit et je doute qu’on les lise aux enfants aujourd’hui. Les Grimm n’ont pas écrit ces contes de leurs mains, c’est la synthèse de ce qu’on leur a raconté. Les contes ressemblent à des synopsis d’une page ou une page et demie qui permettent une très libre adaptation. C’est pourquoi je les ai choisis. Je sélectionne toujours des contes qui n’ont pas fait l’objet d’une grande adaptation ou transposition, ce qui autorise une écriture très personnelle, avec un support diégétique qui est ce que les Grimm proposent. Par ailleurs les Grimm m’intéressent parce que j’ai beaucoup travaillé sur le romantisme allemand, pour moi un lieu d’interrogation riche de sens. Ces contes s’apparentent aussi à de très courtes pièces shakespeariennes. L’Eau de la vie suit le même schéma que Le Roi Lear, avec trois fils au lieu de trois filles. Les Grimm admiraient Shakespeare, pierre de touche de la pensée romantique, peut-être ont-ils “shakespeariser“ ce qu’ils entendaient, une caractéristique qu’on ne retrouve pas du tout chez Perrault ou Andersen.

« Ces contes mettent en jeu la résilience, c’est pour ça qu’ils nous fascinent. »

Quelles sont les spécificités des contes de Grimm ?

O. P. : J’apprécie beaucoup le fait qu’ils osent parler de tout, sans aucune pudeur thématique, ce que ne font pas tous les contes. On cache ces contes aux enfants à cause de leur violence, mais je me suis rendu compte que cette violence était très utile pour parler aux enfants d’aujourd’hui, qui sont confrontés à une brutalité du monde interférant beaucoup plus dans leur univers qu’à mon époque, plus protégée. Il n’est pas dit que les enfants ont à ce jour plus de moyens de supporter cette violence, qui signifie aussi la disparition du récit. Ils sont bombardés d’images et de plus en plus dépourvus de modèles qui leur permettent d’échapper à la violence. Au théâtre, ils peuvent aborder ces questions de la mort, la violence sexuelle ou politique, l’injustice, la pauvreté, avec les métaphores du Conte. La violence sexuelle qui se lit entre le père et la fille dans La Jeune Fille, le diable et le moulin est métaphorisée par les mains coupées par le père, qui vont repousser à la fin. Les contes de Grimm parlent toujours d’un traumatisme de l’enfance qui va se résoudre, donc ils sont hautement moraux. Tous les enfants ne subissent heureusement pas des destins traumatiques, mais la violence du monde autour d’eux existe.

Comment l’espoir advient-il ?

O. P. : L’enfant rencontre sur sa route des personnages providentiels, des gens qui vont l’aider, et des forces métaphorisées par des anges ou des êtres merveilleux. La vie est violente mais aussi généreuse. Ces rencontres vont lui permettre de formuler ce qu’il a vécu et de survivre. Ces contes mettent en jeu la résilience, c’est pour ça qu’ils nous fascinent.

Ces contes sont-ils un art populaire par excellence ?

O. P. : Aujourd’hui on méprise profondément l’art populaire. Les Grimm pensaient au contraire que dans l’art populaire il y a plus d’art que dans l’art des salons, que la vérité réside dans l’art populaire, – un peu comme Dubuffet avec l’art brut. Ils estimaient qu’il fallait sortir des salons et que les gens savants ne pouvaient pas accéder à l’esprit du peuple. Au fond, on n’est pas loin de cette idée politique quand on crée des spectacles pour les enfants, on s’adresse au peuple.

Créer un théâtre populaire est l’une des grandes préoccupations du théâtre public, pas toujours facile à mettre en œuvre…

O. P. : Pourquoi cela ne serait-il pas facile ? Quelqu’un m’a dit un jour que le théâtre populaire c’était le Graal. Je ne suis pas d’accord. J’ai fait ma vie à l’endroit du théâtre. Nous le vivons, nous voyons des salles pleines. Je ne suis pas certain que cela soit si difficile.

Propos recueillis par Agnès Santi  

A propos de l'événement

Le Diable, la Jeune Fille et le Moulin
du Lundi 13 octobre 2014 au Samedi 25 octobre 2014
Théâtre de la Ville
2 Place du Châtelet, 75001 Paris, France

Tél : 01 42 74 22 77. Théâtre de la Criée, Théâtre national de Marseille, 30 Quai de Rive Neuve, 13007 Marseille. Du 4 au 7 octobre. Tél : 04 91 54 70 54.


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