La Terrasse

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Théâtre - Critique

Le Théâtre de l’Amante anglaise

Le Théâtre de l’Amante anglaise - Critique sortie Théâtre
Crédit : Mathieu Douzenel Légende : « Nicolas Pignon et Elizabeth Macocco dans Le Théâtre de l’Amante anglaise. »

Publié le 10 mars 2010

Dans Le Théâtre de l’Amante anglaise, Marguerite Duras « fait œuvre » d’un crime de la fin des années 1940 et crée une pièce dangereusement troublante. Le metteur en scène Ahmed Madani réunit Elizabeth Macocco, Laurent Manzoni et Nicolas Pignon dans une version intimiste de ce double face-à-face.

Adapté du roman éponyme paru en 1967, Le Théâtre de l’Amante anglaise revisite un fait divers datant de 1949. Un homicide commis par une femme ayant fracassé le crâne de son époux, avant de découper son corps et de tenter de le faire disparaître. Confondue, la tueuse a immédiatement avoué les faits, sans pour cela jamais parvenir (consentir ?) à les expliquer. Qui était cette femme d’apparence ordinaire que rien de semblait prédisposer au meurtre ? Une aliénée ? Une simulatrice ? Une arriérée ? C’est de cette énigme restée entière dont Marguerite Duras s’empare, scrutant par le biais de la littérature, puis du théâtre, les zones d’ombre de l’âme humaine : troubles, dérives, petits pas de côté et de biais qui – centimètre par centimètre, année après année – peuvent apporter un éclairage à la pulsion criminelle. Une énigme que l’écrivaine décortique et met à distance du réel en changeant les noms et les rôles des protagonistes du drame. Car, dans L’Amante anglaise, le personnage de Claire Lannes ne trucide pas son mari, mais la cousine germaine de ce dernier qui vivait avec eux.
 
Au plus proche de l’énigme Claire Lannes
 
Pour sonder cette histoire, Pierre Lannes (Laurent Manzoni) est placé face à un « interrogateur » (Nicolas Pignon) qui l’amène à revenir sur sa vie conjugale et sur la personnalité de son épouse (les deux comédiens créent un premier dialogue d’une rigueur et d’une justesse très convaincantes). Ce sera ensuite au tour de Claire Lannes (Elizabeth Macocco) d’être soumise à une pléiade de questions. Installés au plus près des acteurs, au sein d’un dispositif trifrontal qui les positionne au cœur de cette investigation passionnante, les spectateurs font partie intégrante de ces deux face-à-face. Proposition intimiste et expressive qui réussit à nous plonger de façon instantanée à travers les méandres de ce fait divers ample, sinueux, le spectacle d’Ahmed Madani ne donne pas dans la petite musique distanciée à laquelle le théâtre de Marguerite Duras est souvent associé. Prenant le risque de restreindre le rôle de Claire Lannes à un personnage qui ne laisse guère d’espace à une autre vision que celle de la folie, cette représentation offre néanmoins une lecture saillante de la pièce. Une lecture qui prend le parti de privilégier le concret au trouble, la nervosité à la langueur, la netteté à l’ambivalence.
 
Manuel Piolat Soleymat


Le Théâtre de l’Amante anglaise, de Marguerite Duras ; conception d’Elizabeth Macocco et Ahmed Madani ; mise en scène d’Ahmed Madani. Du 16 mars au 17 avril 2010. Les mardis et vendredis à 20h30, les mercredis et jeudis à 19h, les samedis à 15h30 et 20h30. Théâtre Artistic Athévains, 45 bis, rue Richard-Lenoir, 75011 Paris. Réservations au 01 43 56 38 32. Spectacle vu en février 2010, lors de sa création au Théâtre des Deux Rives, à Rouen. Durée : 1h30.

A propos de l'événement



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