La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Songe d’une nuit d’été

Le Songe d’une nuit d’été - Critique sortie Théâtre

Une célébration passionnée, joyeuse et festive de la magie éphémère du théâtre, qui exacerbe le pouvoir de l’illusion du jeu de la scène. Une réussite de la compagnie bien nommée La Nuit surprise par le Jour, malgré quelques longueurs.

Le Songe est ici moins la représentation d’une histoire et de conflits humains que celle du théâtre qui se met en scène et éprouve ses qualités représentatives en faisant feu de tout bois, et en faisant résonner la langue ici et maintenant, dans une traduction actualisée de Pascal Collin, frère du metteur en scène Yann-Joël. La mise en scène occupe l’espace de toute part, à travers un dispositif tri-frontal, des comédiens extrêmement mobiles créant en direct les conditions de la représentation, et sollicitant la participation active du public. Plus proche de la performance que de la dramatisation, cette théâtralité suraffirmée fête le passage du texte au plateau et donne aux conflits une traduction éminemment spectaculaire pour mieux les faire entendre, en recherchant le plaisir du spectateur. Certains parmi l’assistance y vont de leurs petits commentaires agacés, d’autres jubilent. Un couple sort à petits pas alors que les quatre amoureux, alors juchés sur une estrade, les suivent d’un seul regard. Mais il faut reconnaître que le génie incomparable du grand William permet au parti pris du metteur en scène de s’exprimer dans toute sa force et sa radicalité joyeuse et festive. Ce qui est célébré ici avec talent, c’est avant tout la puissance de l’artisanat du théâtre, la mise en œuvre de son illusion singulière plus que l’expression de vérités à débusquer, quitte à transmuter le texte en prétexte à l’occasion.

Les effets de la parole immédiatement visibles

Le temps de la représentation est un songe théâtral offert au public, avec quelques longueurs, quelques adresses au public parfois apprêtées ou inutiles, mais avec des qualités de mise en jeu scénique inventives et souvent percutantes. Plusieurs intrigues dominent la pièce : le conflit entre l’autorité des pères et la volonté des enfants, le jeu du désir et des amours non partagés à travers les quatre jeunes amoureux et la dispute du roi et de la reine des fées, le jeu du théâtre même avec la pièce dans la pièce par la troupe des artisans préparant laborieusement la « brève scène fastidieuse montrant le jeune Pyrame et son amour Thisbé, amusement très tragique ». Le conflit qui oppose pouvoir et désir s’exprime à travers l’opposition entre Thésée et Hippolyta, couple royal installé en haut des gradins, et les quatre amoureux, qu’ils dominent tous deux de toute leur hauteur par leur image projetée sur un écran vidéo. Le verbe est action et sa mise en jeu structure les relations entre les personnages, exacerbant les conflits. « La pièce invite à jouer pleinement l’action du langage, qu’elle soit d’autorité ou de rébellion, d’injonction ou de soumission » souligne justement Pascal Collin. Intemporels, les effets de la parole sont effectivement immédiats et visibles. La flèche de Cupidon que mentionne Obéron parcourt le public de son éclat de lumière… Les comédiens s’en donnent à cœur joie, comme « le fou, l’amoureux et le poète » que Thésée décrit « tout entiers constitués d’imagination ». De la discorde à la concorde, les rites initiatiques suivent leur cours sous l’astre de la nuit. Un Songe célébrant passionnément la magie éphémère du théâtre. « Bien brillé, Lune ! ».

Agnès Santi


Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction Pascal Collin, mise en scène Yann-Joêl Collin, du 12 novembre au 18 décembre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h, relâche le lundi, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier, 75017 Paris. Tél : 01 44 85 40 40.

A propos de l'événement



x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre