La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Roi nu

Le Roi nu - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre 13
Le Roi nu, mis en scène par Léa Schwebel au Théâtre 13 / Jardin. Crédit Photo : Pauline Miko

Théâtre 13 - Jardin / d’Evguéni Schwartz / mes Léa Schwebel

Publié le 29 mai 2014 - N° 221

Dans une scénographie dépouillée, la metteure en scène Léa Schwebel crée une version exclusivement burlesque du Roi nu. Et transforme la comédie politique d’Evguéni Schwartz en banal conte pour enfants. 

Il s’agit de la dernière création présentée par le Théâtre 13 / Jardin, avant que la salle du boulevard Blanqui ne ferme ses portes pour une période de deux ans de travaux. Dans la droite ligne du projet de programmation défendu par la directrice du lieu, Colette Nucci, la version du Roi nu* actuellement mise en scène par Léa Schwebel est l’occasion de découvrir de jeunes artistes. Ils appartiennent à deux compagnies indépendantes – le Rafistole Théâtre et la compagnie Tutti Quanti – qui ont choisi de s’associer pour la circonstance. Ainsi, sur un plateau quasiment nu où changements de costumes et d’accessoires s’effectuent à vue, sept comédiens (Mansour Bel Hadj, Julien Jacob, le prometteur Charly Labourier – qui joue en alternance avec Régis Vallée, Olivia Lamorlette, Solen Le Marec, Amandine Marco et Violette Mauffet) déploient tout l’enthousiasme de leur jeunesse pour donner corps aux dizaines de personnages que compte la comédie politique écrite, en 1934, par Evguéni Schwartz (1896-1958). Une comédie séditieuse, qui tente de masquer des attaques lancées contre la tyrannie des systèmes totalitaires derrière un univers faussement bon enfant (la pièce est construite à partir de trois contes d’Hans Christian Andersen : Le Porcher amoureux, La Princesse au petit pois et Les Habits neufs de l’empereur).

Un spectacle gentiment inoffensif

Mais les autorités soviétiques ne se sont pas laissées berner par cette première ligne de lecture. Aussitôt écrit, aussitôt interdit, Le Roi nu n’a jamais été joué ou publié du vivant de son  auteur. Il n’est pas sûr que le danger que peut constituer cette pièce aurait été remarqué par la censure stalinienne, si celle-ci l’avait découverte à travers la représentation qui en est donnée au Théâtre 13. Tombant dans le piège du premier degré absolu, la metteure en scène Léa Schwebel n’est pas parvenue à faire surgir l’espace qui devrait se dessiner entre premier plan et arrière-plan, entre texte et sous-texte. Ne reste ainsi, de ces aventures de princesse aimant un porcher, qu’une succession de scènes jouant exclusivement sur le registre de la farce. Des scènes certes généreuses, pleines d’énergie et de bonne volonté, mais qui s’empêtrent dans la naïveté, passant ainsi totalement à côté de la dimension politique du texte. On se souvient de la remarquable version de la même pièce, mise en scène en 2005 par Laurent Pelly. Une version cocasse et féroce, aux accents kafkaïens, qui tendait de bout en bout le fil de la métaphore. La pièce de Schwartz apparaissait alors dans toute sa profondeur. Dans toute sa drôlerie subversive.

Manuel Piolat Soleymat

* Texte publié par les éditions Les Solitaires Intempestifs, dans une traduction d’André Markowicz.

A propos de l'événement

Le Roi nu
du Mardi 13 mai 2014 au Dimanche 22 juin 2014
Théâtre 13
103A Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris, France

Du 13 mai au 22 juin 2014. Les mardis, jeudis et samedis à 19h30 ; les mercredis et vendredis à 20h30, les dimanches à 15h30. Tél. : 01 45 88 62 22. www.theatre13.com Durée de la représentation : 1h35.


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