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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Enquête

Le mécénat culturel en plein bouleversement

Le mécénat culturel en plein bouleversement - Critique sortie Avignon / 2011
Photo : Olivier Tcherniak, président de l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical).

Publié le 10 juillet 2011

Depuis la crise économique, les montants alloués par les entreprises au secteur culturel ont baissé drastiquement. En parallèle, la pratique du mécénat se rapproche parfois dangereusement du sponsoring.

La chute est vertigineuse : en 2008, 975 millions d’euros ont été consacrés au mécénat culturel… en 2010, le montant n’est plus que de 380 millions d’euros (enquête Admical-CSA). La crise économique et financière est passée par là, entraînant un changement de stratégie des entreprises. Plus que jamais soucieuses de leur image, celles-ci veulent à tout prix éviter d’être associées à des projets considérés comme « élitistes ». Difficile en effet de faire passer un plan social tout en soutenant une maison d’opéra… « Les entreprises ont aujourd’hui du mal à justifier leur action de mécénat culturel devant leurs salariés et leurs actionnaires. Par contre, personne n’irait reprocher à une entreprise d’aider la lutte contre l’illettrisme. D’une certaine façon, il est devenu courageux d’aider la culture », observe Olivier Tcherniak, président de l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical). Conséquence de cette nouvelle orientation : on assiste, depuis quelques années, au développement du mécénat « croisé », alliant le social à un autre domaine, comme le sport ou la culture. C’est ainsi que les entreprises vont soutenir la venue d’une troupe de théâtre en banlieue ou le concert de jeunes musiciens dans un hôpital. Cet essor du mécénat « croisé » est notamment dû à la fameuse RSE (responsabilité sociale des entreprises) chère au gouvernement actuel. « Nous étions actifs dans la culture et la solidarité, et depuis 2010, nous sommes aussi présents dans le social. Nous soutenons par exemple des concerts en prison en partenariat avec le Secours populaire », témoigne Martine Tremblay, responsable de projets mécénat à la Fondation Banque Populaire. De son côté, Martine Tridde, déléguée générale de la Fondation BNP-Paribas, remarque que « l’orientation du mécénat des entreprises vers le social remonte en fait aux émeutes des banlieues en 2005. A la BNP, nous avons rééquilibré notre mécénat en augmentant la part dévolue au social. Par contre, je ne crois pas au mécénat croisé, qui est une forme trop hybride. Les structures culturelles que nous soutenons proposent d’ailleurs toutes des actions à destination des nouveaux publics. Nous ne devons pas limiter notre aide à cet aspect. »
 
Contreparties
 
Autre changement, plus polémique : les entreprises attendent désormais des contreparties plus importantes de la part des structures culturelles. « Il faut trouver une meilleure compréhension entre l’entreprise et le monde culturel, nous explique Marie-Sophie Calot de Lardemelle, responsable du mécénat culturel à la Fondation Orange. Des structures culturelles ne jouent pas le jeu, par exemple en ne nous donnant pas de places ou en omettant de citer notre logo. Il est important aujourd’hui que notre action soit comprise par les salariés de l’entreprise. Cela est regrettable quand ils ne peuvent même pas obtenir une place à tarif réduit alors que l’entreprise dans laquelle ils travaillent aide l’ensemble qu’ils sont venus écouter. Mais que les artistes se rassurent : on ne va pas leur faire porter des T-shirts estampillés Orange ! » Il est convenu que les mécènes peuvent obtenir des contreparties jusqu’à 25 % du montant qu’ils ont octroyé. La frontière entre mécénat et sponsoring devient toutefois de plus en plus poreuse. « Le geste du mécène est le même que celui du bénévole, qui s’enrichit personnellement à travers son action, rappelle Olivier Tcherniak. Or, certaines dérives actuelles peuvent remettre en cause la loi Aillagon de 2003. Une députée de l’opposition a d’ailleurs déposé une question écrite, s’interrogeant sur le fait que des entreprises qui obtiennent 60 % de déductions fiscales veulent afficher leur marque sur leurs actions de mécénat… Il faut être vigilant ». Dans ce contexte, quelles sont alors les pistes de développement possible du mécénat culturel ? Depuis quelques années, on assiste à un essor non négligeable du mécénat des PME, qui se réunissent notamment à travers des clubs d’entreprises liés à des institutions culturelles. Outre le mécénat financier, les structures peuvent aussi miser sur d’autres formes d’aides : le mécénat en nature (quand une société de boissons fournit par exemple les rafraîchissements pour les réceptions d’un festival) ou le mécénat de compétence (lorsqu’une entreprise met à disposition d’une structure culturelle l’un de ses employés, par exemple un informaticien ou un comptable). Le mécénat individuel connaît aussi un certain développement, notamment depuis la création des fonds de dotation. Reste néanmoins un paradoxe : malgré les dispositifs en vigueur, parmi les plus incitatifs fiscalement en Europe, la France n’arrive pas à mobiliser les acteurs privés sur le terrain du mécénat. Un chantier prioritaire pour le Ministre de la Culture du prochain gouvernement.
 

Antoine Pecqueur

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