La Terrasse

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Avignon - Gros Plan Texte contemporain

Ecorce de peines

Ecorce de peines - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

Blade, D’ de Kabal et Didier Firmin mélangent danse, slam / poésie et musique live pour un conte en deux parties sur la vie d’un esclave au XVIIIème siècle et celle des quartiers populaires d’aujourd’hui.

Trois êtres humains, deux micros, des corps et des mots « pour mettre en lumière les maux d’hier et d’aujourd’hui » : voilà ce que réunissent Didier Firmin, le danseur, D’ de Kabal, le slameur-poète à la voix tellurique et Blade, human beat box qui produit rythme et musique live avec sa bouche comme unique instrument. Spectacle qui réunit trois artistes atypiques tous également doués dans leurs disciplines respectives, Ecorce de peines s’articule en deux parties. Dans la première, on assiste aux derniers instants de « Jacquot qu’on casse pas », l’esclave révolté puni par le maître pour avoir donné un enfant à « la p’tite Marie » qui ne lui était pas réservée. Attaché au fromager qui de poteau de torture deviendra son linceul, le guerrier farouche résiste de toute son âme et de tout son esprit qui demeurent libres sous les outrages.

De la plantation au ghetto

Dans la deuxième partie du spectacle, on retrouve une autre forme de mise au ban, celle des zones urbaines périphériques où sont parqués les descendants des esclaves antillais parmi tous les invisibles auxquels la France refuse liberté, égalité et fraternité. « Quel serait l’intérêt de raconter l’esclavage si ce n’était pour souligner ce qu’il en reste encore aujourd’hui ? » remarque D’ de Kabal qui a fait siens les combats pour la mémoire et l’identité des enfants de ceux que la France a utilisé comme du bétail et qu’elle traite encore trop souvent de manière similaire. « Il me parait primordial aujourd’hui de nous emparer de cette partie douloureuse de notre histoire, d’en faire des poèmes, à écrire, à dire, à entendre et à montrer » dit le poète citoyen et militant qui, au-delà de la souffrance, cherche à raconter « l’amour dans sa forme la plus brute et la peine dans sa forme la plus poétique ». Le résultat auquel aboutit ce projet est un spectacle coup de poing, tant dans sa forme que dans son fond, obnubilant et terrifiant, qui mêle ensemble requiem et réquisitoire, politique et poésie, colère et espoir.

Catherine Robert

Ecorce de peines, spectacle conçu par D’ de Kabal. Du 8 au 31 juillet à 12h. Chapelle du Verbe incarné, 21G, rue des Lices, 84000 Avignon. Réservations au 04 90 14 07 49.

A propos de l'événement



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