Théâtre - Critique

« Le Firmament » une pièce de l’Anglaise Lucy Kirkwood, mise en scène par Chloé Dabert



Le CENTQUATRE-PARIS

Chloé Dabert aime les auteurs qui racontent des histoires, qui construisent des narrations offrant des portes d’entrée multiples aux lecteurs et aux publics. C’est le cas de Lucy Kirkwood, autrice anglaise née en 1984, dont la directrice du Centre dramatique national de Reims met en scène au CENTQUATRE-PARIS Le Firmament (pièce publiée chez L’Arche Editeur). Nous voici partis en 1759, dans une petite ville de province anglaise, à la frontière entre le Norfolk et le Suffolk. Une fillette de 11 ans, appartenant à une famille de notables, a été retrouvée morte, découpée en morceaux. Un homme venu d’ailleurs, jugé coupable du crime, vient d’être pendu. Sa maîtresse, une jeune domestique mariée à un paysan du coin, est accusée d’avoir participé au meurtre. Elle vient elle-même d’être condamnée à mort. Mais elle affirme être enceinte, ce qui pourrait lui permettre d’échapper à la peine capitale. Le juge demande à douze mères de famille de se réunir en huis-clos pour statuer sur la grossesse présumée. S’en suit une longue succession de débats entre ces femmes de générations, de natures et d’origines diverses.

Un meurtre, une grossesse et des coups de théâtre

A la tête d’une troupe impressionnante de treize comédiennes et trois comédiens, Chloé Dabert donne vie à cette histoire à travers un travail de plateau remarquable. La metteuse en scène crée un grand spectacle populaire qui installe le drame historique de Lucy Kirkwood dans un univers mêlant stylisation et réalisme. Vêtus de costumes d’époque, les personnages hauts en couleurs du Firmament se détachent de façon charnelle au sein de l’espace épuré imaginé par Pierre Nouvel. Le talentueux scénographe, aussi réalisateur, signe les films oniriques qui introduisent chacun des deux actes. Ainsi, cette fable à suspens avance impeccablement durant près de trois heures, ménageant moments de suspens et coups de théâtre, déployant accents humoristiques et dramatiques. On se laisse happer par cette réflexion sur la place faite aux femmes, hier comme aujourd’hui, au sein de sociétés organisées par et pour les hommes. Le Firmament questionne aussi les errements de la justice, les conditionnements de classe, les faiblesses des tempéraments… Tout cela serait entièrement réussi si le texte ne laissait apparaître, par moments, quelques ficelles. Scénariste pour la télévision, Lucy Kirkwood cherche également au théâtre à résoudre chaque situation. Son écriture dramatique gagnerait à davantage d’ellipses et moins de rebondissements.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement


Le Firmament
du mercredi 28 septembre 2022 au samedi 8 octobre 2022

5 rue Curial, 75019 Paris.

à 20h, relâche les 2 et 5 octobre. En partenariat avec le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Durée de la représentation : 2h50 avec entracte. Tél. : 01 53 35 50 00. www.104.fr


Egalement du 14 au 20 octobre 2022 à La Comédie de Reims, du 9 au 19 novembre au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, le 1er décembre à la Scène nationale de Tarbes, les 10 et 11 janvier 2023 à la Scène nationale de Bayonne, les 25 et 26 janvier au CDN d’Angers, les 2 et 3 février à la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, les 8 et 9 février à la Comédie de Caen, les 1er et 2 mars à la Comédie de Valence, les 22 et 23 mars à la Comédie de Colmar.


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