La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, mis en scène par David Gauchard

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, mis en scène par David Gauchard - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
Emmanuelle Hiron dans Le Fils

de Marine Bachelot Nguyen / mes David Gauchard

Publié le 27 mars 2019 - N° 275

Alors que l’islam cristallise tous les débats sur l’extrémisme religieux, David Gauchard et sa compagnie L’Unijambiste s’intéressent à l’intégrisme catholique. Interprété par Emmanuelle Hiron, Le Fils est une passionnante fiction sur les mécanismes de la radicalisation.

La religion pour elle, c’est d’abord un ensemble de rituels réalisés en famille. Une sorte de ciment entre les générations et une manière de participer à la vie de Châteaugiron, petit village situé près de Rennes où elle vit avec son mari et ses deux enfants. Autrement dit, l’unique protagoniste du Fils est « moyennement praticante ». Certes « à l’aise dans les églises », mais loin de ne jurer que par Dieu. Elle se demande souvent comment elle a glissé « du comptoir de la pharmacie à la morsure froide du pavé. Du perron de l’église au boulevard de la Liberté ». Commandé par David Gauchard à Marine Bachelot Nguyen, portée sur les questions féministes et postcoloniales, cette pièce est la tentative de reconstitution d’une dérive. Le monologue d’une femme tombée dans le radicalisme religieux sans s’en apercevoir. Par faiblesse et désir d’intégration sociale davantage que par conviction. A la hauteur de cette passionnante partition, la comédienne Emmanuelle Hiron incarne la pensée trouble de la protagoniste suite à un drame que le titre laisse présager. Ses labyrinthes et ses failles, qui empêchent l’expression de tout repentir. David Gauchard a l’art de l’intranquillité : ne s’arrêtant jamais sur une idée ni sur un sentiment définitif, le crépuscule du Fils dérange. Il inquiète.

Entre gravité et humour

Seule sur un plateau circulaire en bois clair où est installé un clavecin de la même couleur, la comédienne n’a pourtant a priori rien d’effrayant. Elégante sans être guindée, elle a l’allure neutre d’une femme moderne. Banale. Le basculement idéologique que relate la pièce tient donc presque entièrement dans la parole, à peine interrompue à trois reprises par l’entrée en scène d’un jeune garçon et par le son aigu du clavecin dont il joue sans rien dire. L’air spectral. Le récit oscille entre le « je » et le « elle ». Entre gravité et humour. Avec une lenteur qui traduit l’effort fourni par son personnage pour mettre des mots sur les faits, Emmanuelle Hiron passe d’un type de discours à un autre avec une aisance remarquable. Elle s’adresse parfois au public avant de reprendre le fil de sa méditation confuse, pleine de souvenirs du rassemblement contre le spectacle Sur le concept du visage de Dieu de Roméo Castelluci, de Manifs pour tous et de réunions plus informelles avec les épouses des notables des environs, mais aussi de détails intimes. Car c’est bien connu, le diable se loge dans les détails.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, mis en scène par David Gauchard
du Mardi 19 mars 2019 au Dimanche 14 avril 2019
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

Salle Jean-Tardieu. du mardi au dimanche à 18h30. Relâche les lundis, le 24 mars et le 9 avril. Durée : 1h30. Tél. : 01 44 95 98 21.


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