La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Laurent Fréchuret

Laurent Fréchuret - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR Légende : Laurent Fréchuret

Donner corps à l’insolence ludique de Brecht

Voilà 15 ans que Laurent Fréchuret rêvait de mettre en scène L’Opéra de Quat’sous. En complicité avec le chef d’orchestre Samuel Jean, le directeur du Centre dramatique national de Sartrouville dirige une troupe de vingt-trois musiciens, comédiens et chanteurs au gré des métamorphoses d’une « humanité désespérément joyeuse ».

Comment est né votre rêve de mettre en scène L’Opéra de Quat’sous ?
Laurent Fréchuret : J’ai découvert cette œuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill il y a une quinzaine d’années, au début de mon parcours en compagnie avec le Théâtre de l’Incendie. L’Opéra de Quat’sous n’a cessé, depuis, de m’accompagner et d’habiter mon imaginaire. Il faut dire que le rapport entre la musique et le théâtre me passionne depuis toujours. La rencontre de mon alter ego musical, le chef d’orchestre Samuel Jean – à l’occasion de la création du Château de Barbe-Bleue de Bartók à l’opéra de Saint-Etienne – a été un déclic. En cinq minutes, nous avons décidé de donner naissance à ce projet. Nous avons ensuite travaillé en étroite collaboration pour inventer la troupe de vingt-trois musiciens, comédiens et chanteurs qui incarnent sur scène l’humanité désespérément joyeuse que Brecht met en lumière.
 
« Brecht nous invite à résister, par le plaisir, à l’absurdité du système capitaliste. »
 
Pour quelle raison avez-vous souhaité que les musiciens quittent la fosse pour rejoindre les comédiens-chanteurs sur scène ?
L. Fr. : Pour travailler sur une véritable fusion entre le théâtre et la musique. Les musiciens, tout comme les autres artistes présents sur le plateau, se transforment tout au long du spectacle pour prendre part aux quatre mondes décrits par Brecht : les malfrats, les faux mendiants, les putains et les flics. Toute la troupe est ainsi en perpétuelle métamorphose, caractérisant la crise des valeurs qui, de la fin des années 1920 à aujourd’hui, n’a cessé de s’accélérer. Brecht nous invite en quelque sorte à danser sur le volcan, à résister, par le plaisir, à l’absurdité du système capitaliste.
 
A quoi cet acte de résistance peut-il mener ?
L. Fr. : A se poser des questions sur la société dans laquelle nous vivons, à échafauder un autre monde au sein duquel nous serions autre chose que de simples consommateurs de produits formatés. Brecht cherchait à créer un dialogue avec le public, chose qui m’intéresse également beaucoup. L’Opéra de Quat’sous est une grande fête théâtrale, mais c’est également une occasion de se rassembler, de parler et de s’interroger entre êtres vivants. La grande force de Brecht est d’éviter le piège de la pièce à thèse pour créer une œuvre malicieuse, férocement ludique, une œuvre pleine de contradictions qui se situe entre l’univers du clown et l’univers de la pensée. A travers cette création, je souhaite creuser l’une et l’autre de ces deux dimensions afin de donner corps à toute l’insolence, toute la liberté jubilatoire de L’Opéra de Quat’sous.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat            


L’Opéra de Quat’sous, de Bertolt Brecht et Kurt Weill ; mise en scène de Laurent Fréchuret ; direction musicale de Samuel Jean. Du 4 au 21 octobre 2011. Les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30, les jeudis à 19h30. Représentation exceptionnelle le lundi 17 octobre à 19h30. Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – Centre dramatique national, place Jacques-Brel, 78500 Sartrouville. Tél : 01 30 86 77 79.  

En tournée du 3 au 5 novembre 2011 à L’Apostrophe – Scène nationale de Cergy-Pontoise, les 24 et 25 novembre au Carreau – Scène nationale de Forbach, les 1er et 2 décembre au Théâtre d’Angoulême – Scène nationale, du 7 au 10 décembre au Théâtre de la Criée à Marseille, du 5 au 8 janvier 2012 à la Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines, du 11 au 13 janvier au Théâtre du Vellein à Villefontaine, les 26 et 27 janvier à L’Espace des arts – Scène nationale de Chalon-sur-Saône, du 1er au 5 février à l’Opéra Théâtre de Saint-Etienne, les 7 et 8 février au Cratère – Scène nationale d’Alès, le 23 mars à la Scène nationale de Sénart, le 27 mars au Préau – CDR de Basse-Normandie, le 31 mars au Quai des arts à Argentan.

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