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Avignon - Gros Plan

Laterna magica d’Ingmar Bergman / Mes Dorian Rossel et Delphine Lanza

Laterna magica d’Ingmar Bergman / Mes Dorian Rossel et Delphine Lanza - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Avignon Off. 11 Gilgamesh Belleville
© Carole Parodi Laterna magica

Le 11 Gilgamesh Belleville / d’Ingmar Bergman / Mes Dorian Rossel et Delphine Lanza

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

Pour porter sur scène Laterna magica, le récit autobiographique du metteur en scène et réalisateur suédois Ingmar Bergman, Dorian Rossel et Delphine Lanza imaginent un subtil langage où ombres et lumières sont l’égal des mots. Un paysage mouvant où rayonne le jeune comédien Fabien Coquil.

Devant un panneau blanc, éclairé, qui avec quelques plantes et une chaise suffit à installer sur le plateau une mystérieuse attente, Fabien Coquil pénètre dans Laterna magica par une entrée inattendue. Non par son introduction, où Ingmar Bergman (1918-2007) décrit sa maladive arrivée au monde, ni par l’une de ses brillantes réflexions sur l’art du théâtre ou de la mise en scène, mais par une anecdote apparemment anodine. Par une des toutes petites histoires d’enfance dont regorge le singulier récit autobiographique tout en fragments qui ne respectent aucune chronologie, où il est question d’un ver de terre qu’avait un jour voulu lui faire avaler son frère. Dorian Rossel, qui signe avec Delphine Lanza la mise en scène du spectacle créé fin avril 2019 au Théâtre Forum Meyrin à Genève, dit ainsi d’emblée la liberté de son adaptation. Son désir de se promener dans le texte comme Bergman se frayait un chemin dans ses propres souvenirs : sans plan d’attaque, sans objectif autre que celui de se connaître un peu mieux soi-même. Un voyage passionnant, labyrinthique, auquel nous invite Fabien Coquil, tout juste sorti de la Comédie de Saint-Étienne où l’a rencontré Dorian Rossel, et déjà capable de se mettre au diapason des ombres et des lumières du réalisateur de Scènes de la vie conjugale (1973). Pour se faire le passeur d’une intelligence en mouvement perpétuel. D’une sensibilité hors du commun, où trivial et sublime se donnent amoureusement la main.

Scènes de la vie intérieure

Tandis que pour évoquer l’éducation rigide d’Ingmar Bergman, sa découverte du cinématographe ou encore sa tempétueuse vie sentimentale, Fabien Coquil déploie un très riche et précis vocabulaire où les mots ont le même poids que les signes – ses mains, surtout, sont d’une éloquence particulière –, le plateau se métamorphose. Au rythme de l’introspection accidentée, ponctuée de nombreux silences, l’écran initial passe grâce à Julien Brun par toutes les nuances qui séparent l’ombre de la lumière. Puis, dans le même mouvement continu, il se démultiplie en divers paysages abstraits. En tableaux qui, au lieu de simplement les illustrer, suggèrent les sentiments et les pensées de l’auteur de Laterna magica. Dorian Rossel, dont le théâtre se nourrit très souvent de cinéma – il a notamment adapté La Maman et la Putain de Jean Eustache, Voyage à Tokyo d’Ozu et Le Dernier Métro de François Truffaut –, réussit à donner l’illusion de la simplicité alors que chaque son, que chaque lumière sont calculés. L’inquiétude permanente de Bergman, son obsession de la mort qui cache un profond amour de la vie, son humour qui cajole le genre humain autant qu’il le voue aux gémonies… Tout est là dans ce Laterna magica, avec d’autant plus de force qu’on ne le voit presque pas.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Laterna magica d’Ingmar Bergman / Mes Dorian Rossel et Delphine Lanza
du Vendredi 5 juillet 2019 au Mardi 23 juillet 2019
Avignon Off. 11 Gilgamesh Belleville
11 Bd Raspail

à 10h30, relâche les 10 et 17 juillet. Tel : 04 90 89 82 63.


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