La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien David Lodge

L’atelier d’écriture : bouillonnant huis clos d’écrivains !

L’atelier d’écriture : bouillonnant huis clos d’écrivains ! - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

Evénement : le brillant écrivain David Lodge, si drôle et si caustique, si lucide aussi dans sa description des relations humaines et des tourments de la conscience jusqu’au plus infime détail, est présent à Avignon à travers L’atelier d’écriture, une pièce qui comme plusieurs de ses romans s’introduit dans le microcosme universitaire et littéraire. A la fois universel et so irresistibly British !

Pouvez-vous décrire l’intrigue et les personnages de L’atelier d’écriture ?
David Lodge : L’action se passe au centre Wheatcroft, une ferme et une grange aménagées pour accueillir de courts stages d’écriture, Jeremy en est l’administrateur tatillon et très anxieux, et des auteurs professionnels en sont les professeurs. Pour cette session, les tuteurs sont Maude Lockett, romancière anglaise très connue à la quarantaine séduisante, elle est mariée avec un professeur d’université d’Oxford, dont on entend parfois la voix sur le répondeur téléphonique ; et Leo Rafkin, romancier et universitaire juif-américain, venu en Angleterre pour un congé sabbatique. On compte quatorze étudiants mais l’une d’entre eux seulement apparaît – Penny Sewell, jeune enseignante, s’efforçant d’écrire son premier roman. L’une des caractéristiques du stage est que les tuteurs lisent un extrait de leur œuvre à l’assemblée des étudiants (représentée par le public). A la moitié du stage, un troisième auteur arrive pour une nuit et propose aussi une lecture, il s’agit de Simon St Clare, un jeune homme égocentrique, intelligent et spirituel, mais qui n’a pas tenu ses promesses. On apprend qu’il a croisé le fer avec Leo dans le passé, et que Maude a envie de lui. Leo, qui au départ regrettait de prendre part à un stage qu’il considère comme non-professionnel, est attiré pas Maude. Les deux hommes se disputent les faveurs sexuelles de Maude, et tous trois sont en concurrence en tant qu’auteurs. Leurs disputes et leurs lectures révèlent des attitudes contrastées face à “L’atelier d’écriture“, c’est-à-dire face à la profession d’écrivain. Penny va tous les surprendre.

Comparée à l’écriture romanesque, quelles spécificités revêt l’écriture dramatique pour vous ? N’êtes-vous pas un peu privé du formidable pouvoir du récit en écrivant une pièce de théâtre ? 
D. L. : La plupart des idées que j’utilise dans la fiction romanesque semblent avoir besoin de l’expansivité de la forme du roman pour être pleinement développées, mais dans le cas de L’atelier d’écriture, le point de départ est une situation qui paraît faite pour le théâtre, parce qu’elle se conforme aux unités classiques de temps, lieu et action : trois écrivains se rassemblent, par hasard, dans un endroit éloigné de leurs habitats, ils sont obligés de vivre ensemble dans un espace réduit, et ils rivalisent en tant qu’auteurs et que professeurs, mais aussi sexuellement. Une telle situation génère de vifs conflits, pouvant tout à fait s’articuler et se ramifier à travers le dialogue. Cependant, le récit fait irruption dans la pièce, lors des trois lectures.

« J’aime créer des personnages intelligents qui s’expriment bien, pour que des débats d’idées puissent faire partie de l’œuvre. »

L’atelier d’écriture met en scène des écrivains et des universitaires, comme dans plusieurs de vos romans. En quoi est-ce intéressant de se focaliser sur ce monde particulier ?
D. L. : Les écrivains ont tendance à écrire sur des milieux qu’ils connaissent par expérience personnelle, et les mondes littéraires et universitaires sont ceux que je connais le mieux. J’aime aussi créer des personnages intelligents qui s’expriment bien, pour que des débats d’idées puissent faire partie de l’œuvre. Les écrivains comme les universitaires sont présumés être engagés dans la quête de la sagesse et de la vérité. Le fait qu’ils soient aussi enclins à des faiblesses humaines ordinaires, comme le désir sexuel et l’ambition, crée les conditions de la comédie et la satire.

Pensez-vous que le monde des écrivains a changé depuis les années soixante ? En quoi ce monde a-t-il été transformé par l’influence grandissante des médias dans le champ culturel ? 
D. L. : Le monde des écrivains a changé, les médias ont eu eefectivement une influence grandissante sur la façon dont la littérature est produite et reçue. Les écrivains sont maintenant mieux récompensés s’ils ont du succès, mais il y a un prix à payer : ils doivent participer à la promotion de leur œuvre en donnant des interviews, en apparaissant à la télévision et à la radio, en mettant en œuvre des lectures publiques et des dédicaces, et ils souffrent de la pression psychologique créée par les concours de prix, les listes de best-sellers, et le journalisme importun.

Que pensez-vous de la politique culturelle britannique aujourd’hui ? 
D. L. : La Grande-Bretagne a toujours dépensé moins d’argent public que la France pour subventionner les arts. Cela peut en partie s’expliquer par le fait que l’anglais est un langage mondial, ce qui permet de toucher d’emblée un public potentiel très vaste, à cet égard les auteurs britanniques n’ont pas besoin du même soutien que les auteurs français. Mais il existe d’autres facteurs historiques et sociologiques. Pendant la dernière décennie, une part importante de l’argent public en Grande-Bretagne a été dépensé pour rendre les arts moins exclusifs et plus accessibles aux diverses minorités ethniques et aux milieux défavorisés, mais je pense que ces programmes vont souffrir de la crise financière.

Quel est l’état du théâtre britannique aujourd’hui ? 
D. L. : Le théâtre commercial est dominé par de spectaculaires comédies musicales et par des acteurs célèbres, de véritables stars. Il est presque impossible à Londres de monter une pièce sérieuse sans eux. Ce sont souvent des stars de cinéma, et la mode consiste à créer des pièces ou des comédies musicales à partir de films connus, ce qui paraît souvent dénué de sens. Les théâtres subventionnés à Londres proposent une programmation de qualité et innovante, souvent à petite échelle. En province les théâtres luttent davantage car les acteurs les plus en vue n’ont guère envie d’y travailler. Les gens de talent sont toujours désireux de travailler au théâtre, mais la vie va devenir plus difficile pour toutes formes de théâtre à cause de la crise.

Propos recueillis et traduits par Agnès Santi

 

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