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La trilogie de l’errance

La trilogie de l’errance - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : pierregrosbois.net Légende photo : Dehors devant la porte, de Wolfgang Borchert, de Jacques Osinski

Publié le 10 novembre 2009

Trois soldats, trois solitudes, trois errances… Jacques Osinski noue Woyzeck, de Büchner, Un fils de notre temps, d’Horváth et Dehors devant la porte, de Wolfgang Borchert, en une trilogie qui plonge au cœur des hommes aux prises avec la violence et les rouages de la société.

« Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on regarde au fond » écrivait Büchner par la voix de Woyzeck… Peut-être est-ce l’écho de nos indicibles exils, de notre humanité blessée, que nous entendons hurler en silence du fond de cet abîme ? Woyzeck, celui qui « court à travers le monde comme un rasoir ouvert », pour s’échapper d’une société qui le broie, pour échapper à sa vie, fait résonner ce vide suffocant qui emplit l’âme des hommes aux prises avec la violence et la solitude. Pour Jacques Osinski, qui mit en scène Woyzeck en 2007, la pièce inachevée de Büchner a ouvert la brèche d’un questionnement qu’il continue d’explorer avec Un fils de notre temps de Horváth, créé la saison passée, et maintenant avec Dehors devant la porte, de Wolfgang Borchert.
 
Une poignante trilogie
 
Ces textes « parlent de la réalité du monde, de la difficulté d’être un homme dans un monde qui pour fonctionner s’en remet à un système et par là même perd son humanité. » souligne le metteur en scène, directeur du Centre Dramatique National des Alpes. « Un Fils de notre temps, en particulier, fait violemment écho à la situation actuelle. Le besoin de réponse du héros perdu dans un monde qui ne lui fait pas de place, son besoin de cadre, son besoin d’une famille, la violence du chômage et de la pauvreté nous tendent un miroir troublant. » Dans ce roman écrit en 1937 à la première personne, Horváth suit l’errance d’un « pauvre chien de chômeur » en quête de sens, qui s’enrôle dans l’armée et s’égare dans l’exaltation guerrière et l’idéologie totalitaire. Ce destin trouve un troublant prolongement avec celui du soldat Beckmann, « héros » de Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert (1947) : un « suicidé à la manque » qui revient du front russe et erre parmi les vivants sans trouver personne à qui parler. Jacques Osinski noue ces trois textes en une poignante trilogie et trame les correspondances par la scénographie et les acteurs pour faire jaillir les tourments et l’onirisme qui empoignent la vie.
 
Gwénola David


Woyzeck, de Büchner, le 20 novembre, à 19h, Dehors devant la porte, de Wolfgang Borchert, le 21 novembre, à 21, Un fils de notre temps, de Horváth, les 20 et 21 novembre, à 19h, au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, Place Georges Pompidou, Montigny-le-Bretonneux, 78054 Saint-Quentin-en-Yvelines. Rens. 01 30 96 99 00 et www.theatresqy.org.

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