La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Gros Plan

La Tragédie du vengeur

La Tragédie du vengeur - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : La violence rôde sur la scène.

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Le comédien et metteur en scène Jean-François Auguste dévoile les turpitudes du pouvoir et les paradoxes d’une entreprise qui entend purifier la société de ses vices.

« Le monde étant sans scrupule, quelle honte y aurait-il à être une crapule ? »… La réplique tirée de La Tragédie du vengeur tranche les siècles d’un trait vif et résonne étrangement dans notre époque où fusent les scandales financiers, affaires de mœurs et autres turpitudes du pouvoir. Attribuée à Thomas Middleton (1564-1593), dramaturge élisabéthain et fervent calviniste qui colore ses sombres visions de l’humain d’un humour volubile, la pièce trame son intrigue dans les machinations d’une quelconque Cour italienne où règnent le vice, le cynisme et la corruption. Pour venger la mort par poison de sa fiancée, Vendice entreprend de punir la concupiscence, le crime et la luxure, autant de péchés dont il veut radicalement purger la société. Viols et assassinats, manœuvres et revanches s’enchainent en séries sanglantes, pointant le paradoxe d’un puritain vengeur qui voudrait concilier l’immoralité de la vengeance et le désir de purification d’un monde débauché.

Carnage et monstruosité

« Ce désir de vengeance naît d’une blessure. Tous ces personnages, emportés dans la spirale de la violence, sont monstrueux et profondément humains. Il faut accepter notre part de monstruosité, pour la transcender. L’obsession de la pureté mène ici au meurtre. Vendice se révèle un criminel sadique, raconte Jean-François Auguste, comédien et metteur en scène. « La violence s’exerce par la brutalité physique mais plus encore dans les relations humaines, par les rapports de soumission, en particulier à l’encontre des femmes. Les rôles féminins sont d’ailleurs portés par des hommes, ce qui évoque la période élisabéthaine mais apporte aussi une distance nécessaire face à la misogynie qui entoure cette pièce.» Sur le plateau nu, jonché de « vanités » contemporaines, les acteurs s’engagent de tout leur corps dans le jeu, pour faire entendre le concret des mots et la complexité des êtres. « Toute la tragédie s’articule sur la monstration du corps dans son opacité terrestre, dans sa folie meurtrière et suicidaire. Ainsi les figures du corps s’inscrivent d’emblée à l’intérieur d’une méditation sur la mort et sur l’identité d’un corps promis à la destruction. » Suivant les traces de Middleton, Jean-François Auguste et sa bande s’enfoncent au cœur des plus obscurs replis de l’âme, à nos risques et périls…

Gwénola David


La Tragédie du vengeur, de Thomas Middleton, traduction de Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret, mise en scène de Jean-François Auguste. Du 1er au 9 février 2012, du lundi au mercredi à 19h30, du jeudi au samedi à 20h30, relâche dimanche, au Nouveau Théâtre d’Angers, tél. : 02 41 22 20 20 et www.nta-angers.fr. Du 11 au 14 février, à 20h45 sauf dimanche 17h, relâche lundi, à La Ferme du Buisson, allée de la ferme, Noisiel, 77448 Marne-la-Vallée, tél : 01 64 62 77 77 et www.lafermedubuisson.com.

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