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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

La Tragédie du vengeur de Thomas Middleton, mis en scène de Declan Donnellan

La Tragédie du vengeur de Thomas Middleton, mis en scène de Declan Donnellan - Critique sortie Théâtre Sceaux Les Gémeaux - Scène Nationale
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Entretien
Théâtre / De Thomas Middleton / mes Declan Donnellan / première en France

Publié le 21 février 2020 - N° 285

Pour leur premier spectacle en langue italienne, le metteur en scène anglais Declan Donnellan et son complice scénographe Nick Ormerod créent La Tragédie du vengeur de Thomas Middleton. Intrigues, corruption, soif de pouvoir… Une plongée dans les affres du ressentiment et du besoin de vengeance.

Avec La Tragédie du vengeur, vous dirigez pour la première fois des comédiennes et comédiens italiens. Diriez-vous que ces interprètes ont une culture de jeu différente des actrices et acteurs anglais ?

Declan Donnellan : Ayant eu l’occasion de travailler avec des comédiens français, anglais, russes, italiens, finlandais, j’ai pu observer que chaque acteur est encore plus différent d’un autre acteur, qu’une langue peut être différente d’une autre langue. Néanmoins, les défis auxquels les interprètes sont confrontés restent toujours les mêmes. Il n’y a pas de problème de frontière dans l’expression de la nature humaine, contrairement à l’expression de la culture et de la politique. Vérifier une fois de plus cet état de fait, en Italie, avec le Piccolo Teatro, a été une expérience merveilleuse. Si l’on est ouvert à la vie que révèle le moment présent, si l’on ne réduit pas son processus de travail à des codes de jeu rigides et précuits, on peut alors éprouver de nouvelles possibilités de relations et de sens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, au théâtre, l’art de l’acteur a toujours le premier et le dernier mot.

« Au théâtre, l’art de l’acteur a toujours le premier et le dernier mot. »

Qu’est-ce qui vous semble le plus intéressant dans la pièce de Thomas Middleton ?

D.D. : En prenant sa revanche sur ceux qui lui ont fait du mal, Vindice, le personnage central de La Tragédie du vengeur, est emporté dans une suite d’événements chaotiques qui interrogent les fondements mêmes de son identité. Cette pièce semble parfois célébrer l’artificialité, la représentation et les faux-semblants. Mais Middleton émet l’hypothèse que l’authenticité peut être, elle-même, un leurre. Bien sûr, il n’apporte aucune réponse définitive. Et moi non plus. Il est important de se rendre compte que chacun d’entre nous prend du plaisir à punir les autres, particulièrement lorsque nous pensons être du côté « du droit ». Au XVIIème siècle, les auteurs n’avaient pas peur d’aborder des sujets subversifs. Bon nombre de ces thèmes ont été repris au siècle dernier, notamment par des écrivains comme Jarry et Artaud. Parmi ces thèmes, le besoin de vengeance, le besoin de haïr, font aujourd’hui encore partie des sentiments les plus puissants que nous pouvons ressentir. Il s’agit de l’autre visage de la nostalgie : l’incapacité de se libérer de certaines situations, des tragédies, des événements qui nous submergent.

Qu’est-ce qui rend, selon vous, La Tragédie du vengeur aussi proche de notre époque ?

D.D. : Les textes vraiment bons parlent toujours « de maintenant », car ils explorent les recoins de la condition humaine. Bien sûr, comme toutes les grandes pièces, La Tragédie du vengeur pose des questions à la fois hautement politiques et hautement intimes. Mais elle pose des questions différentes à chacun d’entre nous. Car il est dans notre nature de nous placer au centre de l’univers. Lorsque nous nous trouvons face à une pièce qui parle d’identité, de corruption, de consumérisme, de faillite morale, nous la trouvons forcément « tellement moderne ». Mais il suffit de regarder l’histoire du monde pour réaliser que les mêmes comportements se reproduisent encore et encore.

Entretien réalisé et traduit de l’anglais par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

du Mercredi 18 mars 2020 au Jeudi 2 avril 2020
Les Gémeaux - Scène Nationale
49, Avenue Georges Clemenceau, Sceaux, Antony, Hauts-de-Seine, Île-de-France, France métropolitaine, 92330, France

Spectacles du mardi au samedi à 20h45, le dimanche à 17h.


Tél : 01 46 61 36 67.


www.lesgemeaux.com


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