Classique / Opéra - Entretien / Catherine Simonpietri

La rentrée de Sequenza 9.3

Catherine Simonpietri

PARIS / CREATIONS

Vingt ans après la création de son ensemble, la cheffe affiche un enthousiasme intact pour tous les projets qu’elle mène de front.  Prochain grand rendez-vous dans son actualité : le programme An Zukunft, dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale, autour d’œuvres d’André Caplet, Max Reger, Schoenberg, Poulenc et Dai Fujikura. 

Sequenza 9.3 en deux mots ?

Catherine Simonpietri : C’est une équipe solidaire et engagée à mes côtés : douze voix solistes de l’extrême grave à l’extrême aigu et une large palette de tessitures qui nous permet d’aborder tout type de musique. Que ces chanteurs soient d’excellents lecteurs et techniciens est une condition indispensable pour aborder le répertoire contemporain, mais au-delà de ces prérequis, tous ont en commun une même volonté de servir l’art sans réserve, une même ouverture d’esprit. Il m’arrive parfois de leur demander des choses qu’ils ne se savaient pas capables de faire !

Le métissage semble être une constante de votre démarche…

Catherine Simonpietri : Quand j’étais jeune, il était tout naturel pour moi de m’intéresser aussi bien à Sting qu’à Messiaen. Depuis, je n’ai jamais dressé de barrière, je ne me suis positionnée contre aucune esthétique. Je fais de la musique d’aujourd’hui car je vis dans le monde d’aujourd’hui, mais cette musique se nourrit du terreau de celle d’hier. La société actuelle est métissée, et je m’y intègre en métissant, en créant des ponts entre musiques et publics qui peut-être sauront faire tomber quelques barrières de la diversité sociale ou culturelle. À mon sens, le Projet Noir Lac issu de la rencontre du vibraphone de David Neermann avec le balafon de Lansiné Kouyaté, de la chanteuse soul Krystle Warren et de Sequenza 9.3 incarne parfaitement cette démarche. Un arrangeur, Manuel Peskine, nous aide à travailler à l’intersection d’esthétiques très différentes.

« La société actuelle est métissée, et je m’y intègre en métissant, en créant des ponts entre musiques et publics. »

Votre engagement est aussi de nature sociale…

Catherine Simonpietri : C’est particulièrement le cas en Seine-Saint-Denis, un département qui m’a fait confiance dès la création de Sequenza 9.3 et auquel je rends hommage dans le nom de l’ensemble. La musique vocale d’aujourd’hui est accessible à tous, mais je me dois de trouver des formes qui lui permettent d’aller à la rencontre des publics, que ce soit via des propositions artistiques ou un accompagnement des pratiques vocales amateures. Parce que c’est un instrument que tout le monde possède, la voix convient très bien aux concerts participatifs. Il est facile d’interagir avec le public sans partition : avec les oreilles, par imitation, par mémorisation. Je suis heureuse que le département se soit autant impliqué à mes côtés dans une politique culturelle ambitieuse, un « élitisme pour tous », comme l’illustre le projet Inedia Prodigiosa (« jeûne prodigieux »). Interprété par des chœurs amateurs de Seine Saint-Denis et Sequenza 9.3, cette création de Lucia Ronchetti s’intéresse au phénomène médiéval d’anorexia mirabilis, faisant référence aux femmes et jeunes filles qui s’affamaient au nom de Dieu.

Avec An Zukunft, Sequenza 9.3 s’inscrit dans la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale…

Catherine Simonpietri :
An Zukunft, ça veut dire « au lendemain », « vers l’avenir ». C’est pourquoi, j’ai tenu pour ce concert en collaboration avec le Chœur de l’Armée Française à programmer des compositeurs qui ont vécu à l’époque de la guerre, André Caplet, Max Reger, mais aussi des œuvres qui exhortent à la paix, comme le Friede Auf Erden (« Paix sur la Terre ») de Schoenberg, ou la mise en musique du poème Liberté de Paul Eluard par Francis Poulenc. Seule œuvre de notre temps à figurer dans le programme, Papaver de Dai Fujikura énumère des noms de victimes et de cimetières, et a été spécialement conçue pour la commémoration du centenaire.

 

Propos recueillis par Julien Hanck

A propos de l'événement

An Zukunft / Inedia Prodigiosa
du Dimanche 11 novembre 2018 au Dimanche 11 novembre 2018
Cité de la Musique - Philharmonie de Paris
221, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris

à 18 h au Studio de la Philharmonie (An Zukunft).


Dimanche 3 février à 16h30, Salle des concerts de la Cité de la musique (Inedia Prodigiosa)


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