La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Jeune Fille de Cranach

La Jeune Fille de Cranach - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2008

L’auteur Jean-Paul Wenzel porte à la scène La Jeune Fille de Cranach, avec sa fille Lou Wenzel, son ami Claude Duneton et Gabriel Dufay. Une traversée dans le temps historique, les livres accumulés, les saisons de la nature et les sentiments éternels.

La scénographie de Cueco installe le spectateur dans la salle à peine éclairée d’un vieux château des bords de Loire avec en perspective, un fauteuil d’un rouge cramoisi, que de gros livres de cuir abandonnés sur les dalles cernent. Sur le mur du fond, une porte rustique et basse ouvre sur un horizon de lumière qu’entrave le large tronc d’un sapin immense. Les réverbérations du soleil rayonnant et de l’étang limitrophe ne pénètrent que difficilement dans la pièce, et le vieil homme – Claude Duneton, cheveux blancs, voix faible et silhouette lourde – s’assoupit sereinement dans sa lecture. Grâce au pouvoir de simulation des images vidéo, les livres, un symbole éloquent, recouvrent la surface entière des murs élevés de la salle, une bibliothèque complète de volumes surannés. Sur ces surfaces livresques, se reflète le frémissement de l’eau trouble de l’étang voisin, ses nymphéas, de même que les feuillages à ciel ouvert des arbres attenants. Voilà l’éloge inventé de temps révolus dans lesquels joue particulièrement l’attraction de la nature et de ses saisons avec la spontanéité de ses parfums, ses orages grondants et ses chants d’oiseaux.

C’est le thème posé de la jeune fille innocente et du désir

Dans la proximité de ce paysage de forêt et de paradis perdu, se dessine l’esprit humaniste de la Renaissance. Une telle esthétique est mise à l’honneur à travers les gravures d’un ouvrage sur le peintre allemand Cranach l’Ancien (1472-1553), célèbre par ses retables et ses madones mais aussi par ses figures de femmes en habit d’Ève et ses sujets mythologiques. C’est le thème posé de la jeune fille innocente – belle présence instinctive de Lou Wenzel – et du désir, qui est privilégié. Les joutes verbales de la confrontation scénique ont trait aux lectures graves de l’un et à l’envie juvénile de vivre de l’autre : « Sans doute avez-vous raison, on ne lit des romans que pour tromper l’ennui, l’ennui de sa propre vie… mais je peux vous montrer des gravures représentant le château à l’époque Louis XI, avec déjà un étang qui le borde », dit le vieil homme. L’étang, une allusion antique et lointaine au fleuve des morts, n’a d’existence que si une barque de bois de ronce vient flotter sur sa surface mystérieuse. La jeune fille flâne ainsi sur l’eau entre le monde qui l’appelle et le château qui distille ses légendes. Nouria est l’incarnation énigmatique de l’absolu de la jeunesse, un présent sans cesse renouvelé par le passé. Elle revêt les lourdes robes des temps anciens, des parures aux couleurs contrastées qu’elle ôte ou qu’elle agrafe au gré de ses humeurs et de son ami Pierre (Gabriel Dufay), savant dans le nom des arbres et des insectes. Une invitation poétique au silence et à la renaissance. Beau travail.   

Véronique Hotte


La Jeune Fille de Cranach

de Jean-Paul Wenzel, mise en scène de l’auteur, du 9 au 20 décembre 2008 à 20h30, relâche dimanche et le13 décembre, représentation supplémentaire le 20 décembre à 16h à la Maison des Métallos 94, rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris Tél : 01 48 05 88 27 www.maisondesmetallos.org Texte publié aux Solitaires Intempestifs

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