La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Grande Nouvelle

La Grande Nouvelle - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Tempête
Philippe Adrien invente Un Malade imaginaire pour notre époque. Crédit photo : Antonia Bozzi

Théâtre de la Tempête / d’après Le Malade imaginaire, de Molière / texte de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien / mes Philippe Adrien

Publié le 25 septembre 2014 - N° 224

Comme Molière le fit en son temps avec Plaute, Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer revisitent Molière. Le résultat scénique n’est pas sans attraits, mais l’exercice de réécriture a du mal à passer la rampe.

Ecrire un Malade imaginaire pour notre époque, celle d’une pharmacie du profit et d’une médecine de l’anticipation : tel est le projet de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien. Autres temps, mêmes mœurs : Argan a toujours peur de mourir et confie sa vie aux charlatans pour ne pas la perdre. Le projet aurait pu aboutir, si ses auteurs s’y étaient tenus, croquant le faux valétudinaire dans le seul ridicule de ses angoisses narcissiques. Mais l’ambition finit pas éclater à force d’enfler, tant Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien font feu de tout bois. Argan est affublée d’une Aline, ancien Alain, dont la chirurgie esthétique a changé les formes et le sexe. Sa fille, Angèle, veut faire du théâtre plutôt que des études et impose à celui dont elle vérifie qu’il est son géniteur, les rêves et les provocations de son âge. Charly, l’amant d’Angèle, est un intermittent à éclipses, convaincu qu’il suffit de mettre en scène sa polygamie et son amour des nymphettes pour affirmer son talent. Marc, l’oncle aimable et cancéreux, hante la scène de son ascétisme raisonnable. Tout ce petit monde est entouré d’une kyrielle de pique-assiettes aux allures des gourous de l’époque : conseiller financier, coach psychologique et geek déguisé en faux plombier…

Davantage une purge qu’une médecine

Tout cela fait beaucoup, sinon trop. Force est d’admettre que les errements et les travers de notre époque sont nombreux et que Toinette y perdrait son bon sens, mais il aurait peut-être été préférable de choisir, plutôt que d’être ainsi lourdement exhaustif. A cela s’ajoute l’aspect démonstratif du texte, qui manque de la légèreté suggestive, des pirouettes et des saillies expéditives qui font souvent le sel de la comédie. La troupe réunie par Philippe Adrien ne manque pas de talent. Nathalie Mann est convaincante en travelo bimbo et Lison Pennec et Pierre Lefebvre campent des jeunes premiers sympathiques et enjoués, aptes à la transe délirante et à l’hystérie drolatique. Les décors de Jean Haas offrent un bel écrin High-tech à cette critique du postmodernisme, de ses écrans et de ses prothèses électroniques. Mais la mise en scène ne parvient pas à sauver l’écriture, et le texte emberlificoté, répétitif et sentencieux, plombe un spectacle qui a du mal à concentrer ses effets à force de diluer son argument.

Catherine Robert

A propos de l'événement

La Grande Nouvelle
du Vendredi 12 septembre 2014 au Dimanche 12 octobre 2014
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris.

Du mardi au samedi à 20h ; le dimanche à 16h. Tél. : 01 43 28 36 36. Durée : 2h.


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