Alain Mollot ne parvient pas à insuffler une réelle force dramatique à l’histoire imaginée par Graham Greene (1904-1991), explorant les méandres de l’amour compliqués par les exigences de la foi.
Londres, années quarante. Au cœur de la pièce, le trio épouse-mari-amant, qui ici n’a rien de comique mais soulève des questionnements tragiques, tant les personnages souffrent et se tourmentent sans jamais réellement trouver l’apaisement. Ce qui fonde l’histoire, c’est un amour contrarié, d’abord parce que la femme est prisonnière de son mariage, et ne veut pas quitter son mari fragile, ensuite parce que celle-ci quitte brutalement son amant en raison d’un serment fait à Dieu, pour le remercier d’avoir sauvé la vie de l’être aimé, lors des bombardements de la seconde guerre mondiale. L’amant abandonné ne sait rien de la nouvelle foi en Dieu de son aimée, qui pourtant continue à secrètement le désirer. La pièce commence alors que l’amant esseulé, romancier, se souvient et entreprend d’écrire son histoire, de 1944 à 1946. Entre haine et amour, entre mesquineries ridicules et élans absolus, entre douleur et obsession, entre ressassement et questions sans réponse, cette exploration sincère de la mémoire, appelée à être formalisée par l’écriture, est rythmée par des séquences de flash-backs ou des moments centrés sur la voix narrative de l’amant-romancier déboussolé.
Entre fantasmes et non-dits
Il engage un détective privé drolatique afin de connaître les raisons de la rupture, tandis que la femme aimée consulte un conseiller en athéisme bien mal aguerri. Le mari, aussi apparemment sympathique qu’ennuyeux, fait preuve d’une telle naïveté qu’on se demande bien sûr si elle n’est pas feinte… Entre silences, fantasmes et non-dits, pas facile de rendre compte des méandres de l’amour, surtout lorsqu’ils sont compliqués par les exigences de la foi. Ni la mise en scène d’Alain Mollot, – qui a notamment créé d’après Gogol un réjouissant Manteau, remarquable d’inventivité, et plus récemment La Fourmilière, sur le monde du travail -, ni le jeu des comédiens, ne parviennent pas à insuffler suffisamment d’épaisseur psychologique aux personnages ou de force dramatique à ce puzzle mystérieux. Les transitions plutôt maladroites entre les souvenirs et le présent de l’écrivain et le manque de rythme enlisent le suspense et la profondeur des sentiments, malgré les images de Jean-Pierre Lescot qui contextualisent l’histoire et une ambiance cinématographique bien rendue. Parfois, lors de scènes fulgurantes, la pièce parvient à distiller une atmosphère ambiguë et inquiétante, mais globalement ce grand amour sans avenir ne laisse pas émerger toute sa complexe subjectivité.
La Fin d’une liaison, de Graham Greene, adaptation et mise en scène Alain Mollot, le 5 décembre à 20h45 au NECC de Maisons-Alfort. Tél : 01.43.96.77.57. Et du 8 au 18 décembre, du lundi au samedi à 20h sauf jeudi à 19h, au Théâtre des Quartiers d’Ivry, Studio Casanova. Tél : 01 43 90 11 11. Le 8 janvier au théâtre Jean Arp de Clamart. Tél : 01 41 90 17 02. Le 19 janvier à 20h30 au Théâtre Firmin Gémier à Antony. Tél : 01 41 87 20 84. Le 29 janvier au Centre Aragon Triolet à Orly. Tél: 01.48.52.40.85.