La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Fausse Suivante

La Fausse Suivante - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Gély Légende photo : Anne Brochet et Christine Brücher dans La Fausse Suivante de Lambert Wilson.

Publié le 10 mai 2010

Lambert Wilson installe Marivaux dans le décor sucré et vaporeux d’une désuète campagne anglaise, affadissant sa cruauté et réduisant ses enjeux existentiels à la seule question financière.

Lélio aime la Comtesse puisque la Comtesse lui a prêté de l’argent en lui donnant son cœur. Cependant une mystérieuse demoiselle de Paris, dont il ne connaît pas le minois mais espère déjà rentabiliser l’hymen, lui promet une dot plus confortable encore. Comme l’amour ne fonde pas le mariage, le fat et cupide Lélio est prêt à sacrifier sa maîtresse sur l’autel d’un revenu deux fois plus important que celui assuré par les noces avec la Comtesse. Mauvais calcul que celui du bêta qui oublie trop vite que certaines femmes ont du courage, de l’esprit et de la vertu : il ne voit pas que le nouvel ami auquel il confie ses rêves financiers n’est autre que cette fieffée Parisienne venue enquêter, sous l’aspect d’un Chevalier séduisant, sur la valeur de celui qu’on lui destine. Il est question d’argent dans La Fausse Suivante et Lambert Wilson l’a compris au point d’en faire le seul motif, le seul moteur et le seul enjeu de sa mise en scène.
 
Un vaudeville démonétisant Marivaux
 
Mais il est aussi question dans cette pièce des pouvoirs de la parole, et le fameux « dédit » autour duquel tourne l’intrigue n’est pas seulement une reconnaissance de dette. Il est révocation de la parole donnée et signe l’importance du discours dans le jeu de l’amour. Les joutes sont oratoires (mensonge, révélation, gaffe, chantage) et les personnages usent des mots comme des armes. C’est par sa maîtrise du verbe que la demoiselle de Paris effraye Lélio en lui faisant croire qu’elle est prête à en découdre en un duel que la faiblesse de son sexe lui interdit, c’est par le verbe que le satané Trivelin (Francis Leplay, remarquable de justesse et d’intelligence du rôle) parvient à instiller le doute dans l’esprit du naïf Lélio. C’est par les mots que l’esprit vient aux filles et la fibre révolutionnaire aux valets. Or, en réduisant ce qui est une tragédie sanglante et sans issue à un vaudeville champêtre, Lambert Wilson propose une lecture de la pièce à la hauteur de ses seuls enjeux financiers : plate, triviale, prosaïque, simplificatrice et superficielle. Le pire étant sans doute l’improbable final de music-hall qui fait revenir les personnages danser la gigue, et parmi eux la malheureuse Comtesse pourtant mortellement humiliée par l’aveu de son aveuglement. Tout est bien qui finit bien… Pas sûr que telle soit la morale de la pièce… L’ensemble a des allures de partie de thé policée, avec, à l’appui, jeu de badminton de l’inutile Ann Queensberry et tenues d’un vert d’eau vaporeux d’une Comtesse transformée en dinde éberluée pendant que Fabrice Michel campe un Lélio balourd et très en force, dindon trop évident de cette mascarade cruelle. Le jardin de Lambert Wilson n’a rien de ceux de Watteau et Marivaux où vont masques et bergamasques tristes et tragiques, cachant leur cruauté sous leur élégance.
 
Catherine Robert


La Fausse Suivante, de Marivaux ; mise en scène de Lambert Wilson. Du 6 avril au 15 mai 2010. Du mardi au samedi à 20h30, le samedi à 15h30. Théâtre des Bouffes du Nord, 37bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Paris. Réservations au 01 46 07 34 50. Durée : 2h15.

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