La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Entretien Philippe Laurent

La commune au cœur des enjeux communs

La commune au cœur des enjeux communs - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon
Philippe Laurent

Idées / Les communes et la culture

Publié le 23 juin 2014 - N° 222

Philippe Laurent est président de la Fédération Nationale des Collectivités Territoriales pour la Culture, qui œuvre à faire vivre la culture au cœur des politiques des communes.

« La culture est et doit rester un enjeu politique, militant. »

Pouvez-vous nous présenter la FNCC ?

Philippe Laurent : C’est une fédération pluraliste, née en 1960, qui s’est donné pour mission, un an après la création du ministère de la Culture, d’affirmer le rôle culturel des collectivités territoriales. Aujourd’hui, ces principes ont montré leur pertinence. Pour autant, l’engagement de la FNCC reste nécessaire. Car non seulement il importe de défendre constamment le respect des arts et de la culture pour leur valeur humaine propre (et non pour leurs retombées économiques ou sociales), mais il importe aussi de résister à l’idée persistante et redoutable que la culture c’est « en plus » en période de crise. La culture est un champ d’activité fragile. Tout reflux de volonté politique y a des effets exponentiels. Une petite somme enlevée ici peut briser définitivement des initiatives patiemment édifiées. Enfin, au niveau national, la FNCC est un interlocuteur du ministère de la Culture et des parlementaires. Ses autres principaux interlocuteurs nationaux sont les associations culturelles, les professionnels, les artistes et  les associations d’élus généralistes.

Les communes assument désormais une part accrue de la vitalité culturelle française. Que penser de ce changement ?

P. L. : Les raisons sont nombreuses : la hauteur de leur engagement financier, la professionnalisation de leurs services, la prise de conscience de l’apport de la culture au dynamisme territorial. Enfin, l’attente croissante de culture de nos concitoyens – d’une culture peut-être moins institutionnalisée que celle promue par l’Etat. Les conséquences de cette montée en puissance sont positives en temps d’abondance. En revanche, quand les dotations de l’Etat baissent et que la fiscalité territoriale est de plus en plus amorphe, elles peuvent être négatives : manque de continuité et de visibilité pour les acteurs ou encore concentration des moyens sur les initiatives aux effets les plus immédiats.

La culture est désormais « un mouvement où le respect de la diversité et la reconnaissance des singularités nourrissent une ambition d’universalité ». Pouvez-vous expliciter cette affirmation ?

P. L. : Il faut partir de la notion des droits culturels de la personne. Ces droits sont la condition de tous les autres droits : une liberté (d’expression, d’éducation, de circulation, etc.) ne prend sens que par rapport à une identité, à une histoire territoriale, communautaire et individuelle particulière. C’est la reconnaissance de cette singularité qui a force d’universalité.

Comment imaginer les conditions du dialogue entre les communes et les artistes ?

P. L. : Avec les artistes, il faut un travail commun d’identification des responsabilités partagées. C’est ensemble, professionnels et élus, que nous devons défendre le bien commun culturel. Sur cette voie, la FNCC a signé une Charte avec le Syndicat national des scènes publiques (SNSP). Pour ce qui est du travail entre communes, en particulier dans le cadre de l’intercommunalité et des futures métropoles, le danger n’est pas celui de la concurrence mais celui d’un risque d’immobilisme lié à des tensions politiques entre villes, et à la prépondérance du regard administratif que cela peut entraîner. La culture est et doit rester un enjeu politique, militant. C’est le problème de la réforme territoriale actuelle : ne va-t-on pas écraser le ressort politique de l’engagement culturel ?

Autre dialogue à aménager : celui du local et du national. Comment faire ?

P. L. : Ce dialogue ne sera fertile que si l’Etat comme les collectivités se défont de l’idée que la culture serait une compétence, un secteur particulier de l’action publique. C’est une responsabilité partagée – celle des personnes –, consubstantielle au politique.

Comment concilier attentes populaires et propositions artistiques ?

P. L. : Nous ne disons pas que la commune est politiquement légitime pour ce qui est de la proximité (et donc qu’elle ne le serait pas à une échelle plus grande), mais nous disons que toute légitimité politique se mesure à l’aune de  la spécificité des territoires. De ce point de vue, il n’y a pas  un orchestre national qu’il faudrait concilier avec des pratiques citoyennes. Le citoyen et l’artiste contribuent à la vie sensible partagée. Cela étant, les exigences des professionnels sont réelles et légitimes. Et aussi leur crainte – vive en ce moment – de la concurrence des amateurs. A mon sens, il importe de se focaliser sur l’emploi artistique : quels que soient ses choix, une politique culturelle doit veiller à maintenir ou accroître l’emploi artistique. Car l’art est l’une des manières essentielles dont notre civilisation vit la dimension esthétique.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

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Avignon, France
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