La Terrasse

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Théâtre - Critique

La Cerisaie

La Cerisaie - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : © ArtcomArt/Pascal Victor Légende photo : « Alain Françon présente une Cerisaie éclatante. »

Publié le 10 avril 2009

Après une première version de La Cerisaie à la Comédie-Française, en 1998, Alain Françon revient aujourd’hui à la dernière pièce d’Anton Tchekhov. Servi par de grands comédiens, il signe une représentation à la fluidité et la profondeur impressionnantes.

Pour sa dernière mise en scène en tant que directeur du Théâtre national de la Colline (Stéphane Braunschweig prendra la tête de cette institution en janvier 2010), c’est un spectacle de toute beauté que signe Alain Françon. Un spectacle de facture très classique, qui va chercher du côté du plus pur réalisme (réalisme très vivant, très inspiré) la matière de cette célébration du théâtre d’Anton Tchekhov. Car, c’est toute la grandeur de l’auteur dramatique russe que le metteur en scène et ses interprètes parviennent à faire surgir à la faveur de cette représentation aux modulations colorées, sensibles, poétiques. Une représentation d’une clarté exemplaire, qui lève le voile sur une quantité étonnante de perspectives. Il est en effet assez rare d’envisager avec autant de précision les entrecroisements thématiques et émotionnels qui caractérisent le théâtre de Tchekhov. Grâce soit rendue au talent des interprètes qui prennent part à cette réussite : Julie Pilod, Jean-Paul Roussillon, Jérôme Kircher…. Mais, en tout premier lieu, rendons hommage à Dominique Valadié qui, dans le rôle de Lioubov, donne naissance à des moments d’une lucidité et d’une profondeur bouleversantes.
 
Une formidable célébration du théâtre de Tchekhov 
 
C’est autour d’elle que se déploient toute l’ampleur et la maestria de cette Cerisaie. Qu’il est beau de voir une telle comédienne nourrir les émois, les troubles et les aveuglements d’un personnage aussi riche, aussi attachant que Lioubov. Qu’il est beau de voir Dominique Valadié naviguer avec autant de justesse et d’habileté de la joie à l’affliction, de l’insouciance au désespoir. Du refus à l’acceptation. Et ce sont ces incessants changements d’états d’âme auxquels semblent correspondre, comme à distance et en différé, les atmosphères obscures et radieuses au sein desquelles Alain Françon fait évoluer ses interprètes. Des interprètes qui participent à un ballet d’entrées et de sorties d’une grande liberté, donnant l’impression que d’autres scènes se jouent, en dehors du plateau, dans des espaces de théâtre faisant face à d’autres spectateurs. Ces effets de perspectives imaginaires illustrent de manière frappante le caractère mouvant et polyphonique de l’univers tchékhovien. Ils nous renvoient à l’évidence d’un monde plus vaste, un monde mosaïque tout entier fracturé par des histoires de deuil, d’héritage et de patrimoine, de possession et de dépossession.
 
Manuel Piolat Soleymat


La Cerisaie, d’Anton Tchekhov (texte français de Françoise Morvan et André Markowicz, édité par Actes Sud, collection Babel) ; mise en scène d’Alain Françon. Du 17 mars au 10 mai 2009. Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30, relâche le lundi. Théâtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, 75020 Paris. Réservations au 01 44 62 52 52.

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