La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Pierre Notte / Pavé dans la vitrine de Noël

Pierre Notte / Pavé dans la vitrine de Noël - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond Point
Pierre Notte. Crédit photo : DR

Théâtre du Rond-Point / C’est Noël tant pis / texte et mes Pierre Notte

Publié le 7 décembre 2014 - N° 227

C’est Noël ! Amour de façade et réconciliation obligée ! Pierre Notte fait exploser les faux-semblants petits-bourgeois et dynamite la vitrine de Noël : pour le pire, mais aussi pour le meilleur !

« J’espère que le rire sera salvateur au cœur de cette tragédie noire. »

Pourquoi choisir Noël comme cadre de cette nouvelle pièce ?

Pierre Notte : Il s’agit d’un rite qui réunit la famille de manière obligée. Je ne connais personne pour qui ça ne soit pas une catastrophe de se plier à ce rite, et, en même temps, je ne connais personne qui ne compose pas avec cette exigence, car Noël demeure un espace de réconciliation malgré la violence et les difficultés qu’il cristallise. Je me suis éloigné de la famille dans mes derniers spectacles, et je fais retour, avec celui-là, à cette première société d’individus condamnés les uns aux autres qui s’aiment malgré tout. La famille est aussi ce modèle sociétal qui a été imposé jusqu’à la sacralisation ces derniers temps, avec une violence des arguments et une haine des revendications qui m’ont profondément blessé, à force d’intolérance.

Quelle famille mettez-vous en scène ?

P. N. : La parfaite famille petite-bourgeoise, aux valeurs définitives et affirmées – sacralisées, je le répète – que je connais intimement, qui se croit un modèle idéal, et dont j’ai voulu raconter les failles et les imperfections. J’ai voulu défaire la certitude en ces valeurs, qui sont des armes de destruction très violentes. La famille que j’installe au plateau respecte strictement la tradition, avec la volonté de reproduire les schémas imposés du cercle idéal, le schéma de la crèche, celui d’une organisation parfaite dans une société harmonieuse, qui pourtant se fissure de partout, car les individus qui la composent ne s’inscrivent pas forcément dans les schémas qu’elle impose. Les rites de ce schéma machiste et hétérocrate sont orchestrés pour que rien n’explose. Mais, ici comme ailleurs, la perfection est un terrain miné. J’ai voulu aussi maintenir la possibilité d’une réconciliation et la capacité des individus à renouer des liens différents hors de ces valeurs imposées.

Comédie ou tragédie ?

P. N. : J’ai cru d’abord écrire une comédie féroce et drôle. Mais au fil des répétitions, la comédie féroce un peu déglinguée est devenue très noire, et la parodie a tourné à la tragédie. Sans doute parce que ce texte est né au moment où se déchaînait la haine de la Manif pour tous. Il a fallu subir cette humiliation permanente pendant deux ans. J’espère que le rire sera salvateur au cœur de cette tragédie noire.

Il est frappant de constater que l’incertitude et la faille gangrènent le discours de vos personnages.

P. N. : Je crois qu’on peut ainsi résumer une certaine bourgeoisie : des valeurs définitives dont ceux qui les incarnent ne sont pas si sûrs que ça ; des gens qui tiennent sur des mensonges extrêmement construits et qui se retrouvent au bord du gouffre où plus rien ne tient. A force de routine admise, la haine à bon compte perce, et les membres de la famille finissent par se parler mal. J’ai aussi voulu faire un portrait de la famille à travers les langages de ses protagonistes. Lapsus, excès, approximations, réajustements, écarts de langage : on se révèle par ces failles-là. Les failles du langage sont celles de la famille : on a oublié de se parler autrement. Or, ce qui sauve peut-être la famille de C’est Noël, c’est justement l’écaillement du vernis des valeurs. On se réunit pour ne pas se parler et observer un rite qui n’a rien à voir avec les sentiments et impose des rôles : lorsque tout s’effrite, les individus se révèlent, on règle des comptes non dits et secrets, et on se retrouve tout nu. C’est alors qu’on peut se réconcilier, parce que l’amour est là, sous le vernis. Au bout du désastre, et à l’épreuve de la mort, se recompose et se réconcilie une famille qui n’est pas celle qu’on a vue au début, et au bout du compte, c’est bien ça qui compte.

Propos recueillis par Catherine Robert

 

A propos de l'événement

Pierre Notte / Pavé dans la vitrine de Noël
du Mercredi 10 décembre 2014 au Samedi 10 janvier 2015
Théâtre du Rond Point
2 Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris, France

Du mardi au samedi à 21h ; le dimanche à 15h30 ; relâche le lundi et les 14, 16 et 25 décembre et le 1er janvier ; le 31 décembre à 15h30. Tél. : 01 44 95 98 21.


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