La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Je suis en colère mais ça me fait rire

Je suis en colère mais ça me fait rire - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Antoine Richard. Légende photo : Un cabaret colérique et joyeux mené de main de maître par Jean-Louis Hourdin.

Publié le 10 avril 2009

Sur des textes incisifs, émouvants et drôles de Durif, Picq et Siméon, la troupe tendre et joyeuse dirigée par Jean-Louis Hourdin propose un cabaret intelligent et sensible, tout imbu d’humanité.

Le Groupe des vingt théâtres en Ile-de-France a passé commande à Jean-Louis Hourdin d’un cabaret poétique et politique qui roule sa bosse libertaire de mars en mai sur les scènes franciliennes. Désireux de travailler ensemble sur une thématique commune, les membres du Groupe des vingt ont voulu que le rire serve d’étendard au spectacle qu’ils coproduisent. Jean-Louis Hourdin, qui a été choisi pour mener à bien ce projet, a voulu que ce rire soit « savant et populaire et non élitiste ou populiste ». Pari gagné haut la main par la troupe qui s’empare du florilège composé des textes d’Eugène Durif, Jean-Yves Picq et Jean-Pierre Siméon. Les six comédiens et les trois musiciens qui disent et chantent le monde comme il va et les hommes comme ils ne vont pas, arrivent sur scène à petits pas, serrés les uns contre les autres à l’image d’un troupeau de bipèdes patauds et frileux, petits et grands, gros et maigres tous ensemble réunis comme pour lutter contre le froid des intempéries politiques et sociales. Comme les enfants perdus d’un carnaval en goguette, comme les rescapés d’une illustre et improbable tournée, comme les survivants d’une fête médiévale ou d’un banquet de comices agricoles, ils investissent la scène en tendresse, la main sur le bras de l’autre, l’œil tout luisant d’émotion quand le camarade a chanté, le sourire en coin et l’amitié en bannière.
 
De la belle ouvrage, authentique et sincère
 
Quelques saillies bienvenues sur l’air du temps et les nains qui nous gouvernent, une incursion hugolienne du meilleur effet et des textes beaux, intelligents, drôles et pertinents, justes et sincères qui disent le marasme et la crise, l’amour qui blanchit les os, les noyés de Gibraltar qui croient que l’Eldorado est à portée de nage, l’inanité des discours économiques et politiques, mais aussi l’amour et la fraternité qui toujours ressurgissent et n’en finissent pas de ragaillardir l’espoir. Redonnant le goût du regard fier, du poing levé et du sourire insolent, ce spectacle offre surtout un bain de jouvence à la philanthropie et console des cyniques, des persifleurs, des besogneux mesquins et des gagne-petit de l’égratignure vacharde. Car Siméon, Durif et Picq sont des poètes, de cette race qui ne s’accommode pas du prosaïque et est la seule à pouvoir nous en consoler. Leurs mots forment un rempart à l’intérieur duquel peut se reconstituer une communauté fraternelle et joyeuse dont les artistes réunis sur scène semblent les prototypes ou l’élite éclairée. Si les lendemains de notre cuisant aujourd’hui espèrent encore chanter, on peut parier que c’est sur les airs et les mots de ce cabaret de tendresse et de finesse qu’ils pourraient régler leur cadence et leurs voix. D’aucuns diraient mieux encore que l’avenir politique est au poétique…
 
Catherine Robert


Je suis en colère mais ça me fait rire ; textes d’Eugène Durif, Jean-Yves Picq et Jean-Pierre Siméon ; chef de troupe Jean-Louis Hourdin. Du 20 mars au 19 mai 2009. Le 3 avril à 21h à l’Espace Marcel-Carné de Saint-Michel-sur-Orge. Le 4 avril à 20h30 au Centre Culturel des Portes de l’Essonne à Juvisy. Le 7 avril à 21h au Théâtre de l’Arc-en-ciel de Rungis. Le 9 avril à 20h30 au Centre Culturel Elsa-Triolet d’Orly. Le 26 avril à 16h à l’Espace Jacques-Prévert d’Aulnay-sous-Bois. Le 28 avril à 20h30 au Théâtre Jean-Arp de Clamart. Les 5 et 6 mai à 21h au Prisme d’Elancourt. Le 12 mai à 20h30 à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. Le 14 mai à 20h30 au Théâtre Romain-Rolland de Villejuif. Le 15 mai à 20h30 au Centre Culturel de Chevilly Larue. Le 19 mai à 20h30 au Théâtre Firmin-Gémier d’Antony. Renseignements et réservations au 01 49 58 17 00.

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