La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir au théâtre du Rond-Point

Théâtre du Rond-Point / Jean Eustache / mes Dorian Rossel

Publié le 21 décembre 2015 - N° 239

L’adaptation du cultissime film de Jean Eustache, La Maman et la putain, mise en scène par Dorian Rossel, est assurément un spectacle à ne pas manquer.

Je le confesse, je n’avais jamais vu La Maman et la putain de Jean Eustache. Et peut-être cela a-t-il contribué à ce que j’aime d’autant plus Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir. Qui sait ? Film primé en 1973 à Cannes, La Maman et la putain mettait en scène dans un long format de 3h27 l’incontournable Jean-Pierre Léaud, Bernadette Laffont en régulière devenue maman, et Françoise Lebrun dans le rôle de l’amante mal nommée putain. Tous trois forment un improbable trio, qui explore les impasses de l’amour, du modèle traditionnel du couple à celui de l’amour libre tel qu’il fleurit dans les années post 1968. Accusé d’être réac mais plutôt superbement désespéré, le film promène aussi cette esthétique si particulière de la Nouvelle Vague, drôle, désinvolte, décalée, aussi profonde que légère, aussi datée qu’indémodable.

Les échos des batailles d’une libération morale

De ce film, Dorian Rossel offre une version raccourcie – une heure trente – qui conserve cependant la majeure partie des dialogues, une des qualités saillantes du film. Dorian Rossel est un jeune metteur en scène suisse qui vient de présenter sa version d’Oblomov au Monfort. Un touche-à-tout prolifique dont les créations sont aussi variées qu’à chaque fois très personnelles. Sur un plateau nu, avec seulement quelques chaises et un vieux tourne-disque, il reforme le trio mythique constitué cette fois des très bons David Gobet, Dominique Gubser et Anne Steffens. Si les comédiens adoptent le même détachement, cette façon de dire si simple et touchante des films de la Nouvelle Vague, ils ne tombent pas pour autant dans la volonté d’imiter. C’est un passage d’un art à l’autre qui s’opère avec beaucoup de grâce et une comparable économie de moyens. Mais c’est aussi le voyage dans le temps de cette œuvre qui est éloquent : cette audace dans les dialogues – cette manière de parler de sexe de manière crue et belle – laisse penser que la liberté de ton ne serait plus la même aujourd’hui. On y entend les échos des batailles d’une libération morale encore à construire : « Pourquoi les femmes n’auraient pas le droit de dire qu’elles ont envie de baiser avec un type ?  ». Mais aussi une façon de discuter de désir, de sentiment, de dire ses dilemmes, ses pulsions, ses blessures, de s’opposer sans se disputer qui faisait tout le charme d’un certain cinéma. Un peu de nostalgie donc, mais aussi le vibrant rappel que le théâtre, quand il est aussi bien mené, peut redonner vie, sens, actualité et éclat à ce qu’il touche.

Eric Demey

A propos de l'événement

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir
du Mardi 5 janvier 2016 au Dimanche 31 janvier 2016
Théâtre du Rond-Point
2 Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris, France

à 20h30, le dimanche à 15h30, relâche le lundi. Tel : 01 44 95 98 21. Durée : 1h30.


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