La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Je crois que dehors c’est le printemps de Concita de Gregorio, mis en scène de Giorgio Barberio Corsetti et Gaia Saitta

Je crois que dehors c’est le printemps de Concita de Gregorio, mis en scène de Giorgio Barberio Corsetti et Gaia Saitta - Critique sortie Théâtre Paris Le Monfort Théâtre
Je crois que dehors c'est le printemps CR : Chiara Pasqualini

Le Monfort Théâtre / texte de Concita de Gregorio / mes Giorgio Barberio Corsetti et Gaia Saitta

Publié le 28 octobre 2019 - N° 281

Grâce à la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti et Gaia Saitta, une banale histoire familiale qui vire au fait divers tragique donne naissance à un spectacle subtil et émouvant.

Il est des spectacles qu’il vaut mieux ne pas trop dévoiler, au risque d’en défaire les subtils équilibres. Je crois que dehors c’est le printemps fait partie de ceux-là. Seule en scène, ou presque, dans lequel une femme se raconte autour de la tragédie qui bouleverse sa vie, ce spectacle est une œuvre si délicate qu’on craint, par trop de paroles, de la fragiliser. Disons donc tout de même, avec précaution, qu’elle paraît inspirée d’une histoire vraie, une histoire qui s’est produite en Suisse. Une histoire ordinaire qui va soudain basculer. En 2005, Irina rencontre Mathias. Elle a 35 ans, et sans tomber amoureuse de ce grand blond, suisse allemand qui louche un peu, elle en attend un enfant, si bien qu’ils décident de se marier. Lui est calme, rassurant, solide « comme un rocher dans la mer ». Rien ne l’ébranle, pas même l’annonce que ce sont finalement des jumelles qui vont naître. Puis, à coups de post-its collés partout dans la maison, qui disent à sa femme quoi faire, comment s’occuper de la maison, des enfants, comment allumer la lumière, comment faire le petit-déjeuner, Mathias va révéler un drôle de caractère conduisant le couple tout droit à la séparation. Jusqu’à ce jour tragique du mois de janvier 2011.

Sur le fil entre la réalité et la fiction

Naviguant entre la chronique familiale, l’enquête policière, la leçon de résilience et le théâtre documentaire, Je crois que dehors c’est le printemps avance en sinuant, suivant un récit non linéaire, dont la qualité première est de toujours ménager un certain suspens. La seconde est de varier les angles d’approche, les adresses, secondée en cela par un dispositif scénique sensible et stimulant. Filmant en gros plan quelques spectateurs et spectatrices du public, Gaia Saitta en fait les interlocuteurs quasi-muets de son histoire et approfondit ainsi une thématique naturelle de ce travail, celle de la relation à l’autre. La grand-mère, le psy, l’amie Paola, la juge ou le sémillant Luis prennent ainsi des visages attentifs, pleins d’empathie et d’humanité. Tirant des bords habiles entre les écueils du vérisme, du pathos ou de la leçon de vie, qu’on entrevoit à peine au large, Je crois que dehors c’est le printemps doit également beaucoup de sa réussite à l’interprétation de Gaia Saitta, qui oscille entre le naturel et l’incarnation, et fait vibrer l’émotion sans jamais paraître la rechercher. Sur le fil entre la réalité et la fiction, le spectacle nous renvoie ainsi aux abîmes au-dessus desquels flottent nos vies, dans lesquels elles sont susceptibles à tout moment de s’enfoncer, mais aussi desquels, étonnamment, elles sont capables de s’extirper.

Eric Demey

A propos de l'événement

Je crois que dehors c'est le printemps
du Mardi 12 novembre 2019 au Samedi 23 novembre 2019
Le Monfort Théâtre
106 rue de Brancion, 75015 Paris

Relâche le dimanche et le lundi. Tel : 01 56 08 33 88. Spectacle vu au Galet à Pessac, dans le cadre du FAB – Festival International des Arts de Bordeaux. Durée : 1h30


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