La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Jacques Vincey

Jacques Vincey - Critique sortie Théâtre
Photo : Anne Gayan

Madame de Sade

Après Le Belvédère et Mademoiselle Julie, le metteur en scène, artiste associé à la Scène Nationale d’Aubusson, Jacques Vincey, affronte un autre grand classique, Madame de Sade de Mishima. Le « divin marquis » revit à travers un quintet féminin au jeu de scène somptueusement ludique, Hélène Alexandridis, Marilu Marini, Isabelle Mazin, Myrto Procopiou et Anne Sée.

Madame de Sade propose cinq figures féminines aristocratiques et une femme de chambre réunies autour d’un homme absent.
Jacques Vincey : Le Marquis de Sade est une ombre, un spectre extrêmement présent dans sa façon de rôder puisque c’est le seul sujet de préoccupations des discours. C’est une histoire d’amour et de haine, vécue différemment par l’une ou l’autre des femmes. Cette relation personnelle se transforme au cours des dix-huit ans que parcourt la pièce, de 1772 à 1990, au-delà de la Révolution.

Cet homme en prison ou bien en fuite n’a plus de contact avec elles, mais il incarne une obsession qui les oblige à se dépasser.
J. V. : Ces femmes incarnent des valeurs singulières. Trois de ces personnages sont historiques : Renée, marquise de Sade, symbolise la fidélité conjugale et Madame de Montreuil, sa mère, l’ordre social et la moralité. Anne-Prospère, la sœur cadette de Renée, représente la candeur féminine et le manque de principes. Deux personnages sont inventés par Mishima, Madame de Simiane, plutôt versée dans la religion et Madame de Saint-Fond, soumise à son appétit charnel. Enfin, Charlotte, la femme de chambre, traduit la servitude ; le rôle est joué par Alain Catillaz, comédien travesti.

Madame de Sade a été confrontée à quelque chose qui est sans nom et qui est innommable, selon ses mots.
J. V. : Ces femmes ont été bouleversées par l’impudence de cet homme, par sa vitalité et la force de ses idées. Elles sont conduites à dépasser leurs limites, à se rapprocher au plus près de ce qu’elles sont, de leur vérité. Ainsi, la Marquise de Sade déclare : 

« Ce que je voulais dire est seulement que si mon mari est un monstre de vice, il faudra que je devienne pour lui un monstre de fidélité. »

Ces femmes – des cartes à jouer ou des marionnettes – deviennent plus grandes que nature.
Les relations de ces femmes avec le Marquis sont contradictoires, Madame de Montreuil le hait et lui nuit, Madame de Sade bascule dans une sorte de spiritualité, la quête d’un absolu. Quant à sa jeune sœur, Anne-Prospère, elle a eu une aventure avec le « divin Marquis »…   

Quel est votre choix de mise en scène ?
J. V. : Le texte n’est pas univoque, il repose sur trois niveaux de langue, l’un prosaïque, l’autre poétique et le troisième, philosophique et ressortissant au débat d’idées. Il a fallu traverser l’ouverture de ce spectre, non pas à partir de rôles masculins travestis à la façon de Mishima, ce qui provoque une stylisation, mais à travers le jeu dramatique de femmes de chair se hissant à l’exercice d’une pensée élevée, stimulées par le Marquis.

Comment la scène allie-t-elle la dimension humaine au baroque ?
J. V. : Mishima dit avoir fait tourner ces caractères autour de Madame de Sade, à la manière de l’évolution et de la révolution des planètes. L’action se passe dans le salon de Madame de Montreuil. Les débats avançant, ces femmes – des cartes à jouer et des marionnettes – deviennent plus grandes que nature. Elles rentrent dans des évocations de robes XVIII ème siècle, des carcasses en fer de plus de deux mètres d’envergure sur roulettes. Elles montent à la tribune en orateur, théâtralement. Sur la scène, elles sont ces pièces qui s’affrontent sur un jeu d’échecs, portant des perruques démesurées à la façon des toréadors harnachés au moment d’entrer sur l’arène. Puis, elles quittent leur espace pour se réfugier derrière des panneaux translucides, opaques ou transparents, redevenues de simples corps fragiles.
Propos recueillis par Véronique Hotte


Madame de Sade
De Yukio Mishima, adaptation française d’André Pieyre de Mandiargues, mise en scène de Jacques Vincey
Du 7 au 11 avril 2008 au CDR Thionville-Lorraine
Du 22 au 27 avril à la Comédie de Picardie, 62 rue des Jacobins 80000 Amiens Tél : 03 22 22 20 20
Du 6 au 18 mai Théâtre Vidy-Lausanne
Du 8 au 25 octobre 2008 Les Abbesses / Théâtre de la Ville-Paris

A propos de l'événement



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