« Au nom du rêve #2 » d’Eric Oberdorff
Créée en 2023, la pièce clôt le cycle d’Éric [...]
Familier du Festival d’Avignon, l’auteur, metteur en scène et comédien Jacques Descorde s’inspire librement d’un fait divers tragique pour créer un thriller sombre, anguleux et percutant, qui questionne les thématiques de l’emprise et de la toxicité des relations.
Le 24 décembre 2010, Bernard Mazières, ex-journaliste politique au quotidien Le Parisien, a été retrouvé mort à son domicile. Son assassinat fut prémédité par son fils de 17 ans, aidé par un ami qui a porté les coups. Point de départ de la création théâtrale, ce macabre fait divers a inspiré à Jacques Descorde une partition tranchante où sourdent une permanente menace d’éclatement de la violence, une tension palpable, une incompréhension manifeste entre les protagonistes. Portée par des comédiens de forte trempe — les excellents Patrick Azam (le père), Gaspard Liberelle (le fils) et Cédric Veschambre (l’ami) — la pièce met en jeu des relations toxiques, conflictuelles, qui tendent vers le monstrueux jusqu’à l’irréparable. Incapables de se parler, de s’aimer, le père divorcé et le fils sont plongés dans leurs névroses respectives, tandis que la mère est partie vivre avec un autre.
L’expression d’une domination mortifère
Est-ce parce que le désir est sans fin qu’est planifiée l’horreur du parricide, commandité quasi par inadvertance, comme une mauvaise promesse ? « Nous sommes ce que tu désires et ce que nous désirons est sans fin », dit l’ami, exprimant par cette affirmation la primauté d’un individualisme sans limite, absurde et mortifère, exprimant aussi le désastre de relations familiales impossibles. Sur un écran en fond de scène, des murmurations d’oiseaux forment d’inquiétantes volutes noires, aussi nettes et vives que la puissance de l’emprise. Les corps parlent, expriment les rouages d’une domination vénéneuse. Le contraste entre les trois protagonistes est finement travaillé. Vif et dangereux, l’ami se faufile dans tous les espaces, prend possession des lieux. Le propos sombre empêche toute échappatoire, toute forme de salut. Au sein de cette noirceur, la mise en scène rigoureusement orchestrée parvient à captiver, à laisser apparaître l’ampleur d’une menace insaisissable, enfouie dans les tréfonds de psychés abîmées. L’engrenage meurtrier avance et finalement surprend…
Agnès Santi
à 12h50. Relâche les 9 et 16 juillet. Tél : 04 32 74 18 54. Durée : 1h20. Texte paru aux Éditions l’œil du souffleur.
Créée en 2023, la pièce clôt le cycle d’Éric [...]
Riche du succès de ce premier spectacle qui a [...]