Opéra - Critique

Hulda de César Franck, un chef-d’œuvre de l’art lyrique !



CRITIQUE / OPÉRA EN CONCERT/l’Orchestre philharmonique royal de Liège/ Le Palazzetto Bru Zane

César Franck (1822-1890) aura longtemps attendu son « heure lyrique ». Quand l’Opéra de Monte-Carlo accueillit en 1894 la création – posthume et tronquée – de Hulda, sans doute était-il encore trop tôt. Aujourd’hui, la reconnaissance vient de la ville natale du compositeur où l’Orchestre philharmonique royal de Liège célèbre le bicentenaire du compositeur avec une énergie dévouée. On peut donc enfin entendre les quatre actes de Hulda – une histoire de vengeance portée par l’héroïne jusque dans le camp (et le cœur) de l’ennemi – tels que Franck les a composés : un opéra sans grands égards pour les facilités du genre et dont la musique est le ressort dramatique essentiel.

Quatorze solistes parfaits

Pour conjurer les mauvais tours dont la postérité a affligé Hulda, rien n’a été laissé au hasard et cette production en version de concert, support également d’un enregistrement à paraître au printemps prochain, bénéficie de l’expertise passionnée du Palazzetto Bru Zane et de son directeur artistique Alexandre Dratwicki. Cela s’entend tout d’abord dans la distribution : quatorze solistes parfaitement dans leur rôle, à commencer bien sûr par Jennifer Holloway. La soprano dramatique états-unienne est une Hulda idéale, puissance et clarté réunies pour incarner cette vierge vengeresse et incandescente. Son duo avec le ténor Edgaras Montvidas, vaillant Eiolf dont elle dispute l’amour à Swanhilde (animée par le timbre chaleureux de la soprano Judith van Wanroij), est un vrai moment de fièvre et de sensualité. Dans cette version de concert, la qualité des voix, associées à quelques regards, quelques gestes esquissés, suffit à donner toute leur épaisseur aux personnages et à leurs sentiments : l’inquiétude maternelle de Gudrun (l’impeccable Véronique Gens)  devant l’assurance téméraire de son fils aîné Gudleik (Mathhieu Lécroart, excellent lui aussi) et la jalousie de ses frères – Artavazd Sargsyan, François Rougier, Sébastien Droy Guilhem Worms, Matthieu Toulouse sont notamment parfaits dans les ensembles.

Le chef Gergely Madaras, l’autre révélation

S’y ajoute la prestation du Chœur de chambre de Namur, très sollicité, qui rythme l’opéra (chants guerriers, chants des femmes à l’ouvrage, chants de mariage…) et révèle toute la subtilité de l’écriture chorale de Franck. Enfin, il y a l’orchestre. En s’affirmant compositeur lyrique, Franck ne contredit jamais son génie symphonique. Bien au contraire, l’usage qu’il fait de l’orchestre dans Hulda est non seulement efficace mais aussi, par moments, très personnel et novateur, dans ses couleurs ou ses transitions d’une scène à l’autre. Le travail de Gergely Madaras, à la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège depuis 2019, est absolument remarquable : d’un geste sûr, mesuré, tout en finesse et vivacité, il fait éclore les magnificences de l’orchestration de Franck autant qu’il se montre un chef instinctivement lyrique. Il est avec Hulda l’autre révélation de la soirée.

Jean-Guillaume Lebrun

A propos de l'événement


Hulda
du mercredi 1 juin 2022 au mercredi 1 juin 2022

15 avenue Montaigne, 75008 Paris

à 19h30.


Tél. : 01 49 52 50 50.


Hulda, opéra en 4 actes de César Franck.


Version de concert.


 Production vue à la Salle philharmonique de Liège le dimanche 15 mai 2022.