La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Hubert Jappelle

Hubert Jappelle - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Jean-Yves Lacôte

Publié le 10 décembre 2009

Le théâtre, un art de la distance

Après une première mise en scène de L’Atelier en 1999, Hubert Jappelle revient aujourd’hui à la pièce autobiographique de Jean-Claude Grumberg. Une pièce qui nous plonge dans l’univers d’un atelier de confection, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale…

Pourquoi avez-vous décidé de mettre une seconde fois en scène L’Atelier ?
Hubert Jappelle : Tout simplement parce que je n’étais pas totalement satisfait du spectacle créé en 1999. L’Atelier est une pièce beaucoup plus complexe et profonde qu’il n’y paraît au premier abord. Bien sûr, il s’agit d’une œuvre très populaire, d’accès relativement aisé pour le public, mais investir de façon évidente et naturelle tous les thèmes qui la traversent n’est pas du tout une chose facile.
 
Quels sont ces thèmes ?
H. J. : L’Atelier se situe dans le quartier du Sentier, à Paris, entre 1945 et 1952. Cette pièce évoque l’occupation allemande, la déportation des Juifs, la collaboration, la libération, mais aussi des thèmes sociologiques qui m’intéressent beaucoup : la place de parti communiste dans cette période charnière, les conditions de travail, le quotidien d’ouvrières employées dans un atelier de confection… L’Atelier nous montre les êtres humains tels qu’ils sont dans la réalité, comment ils vivent cette réalité, comment ils la subissent et comment ils s’y soumettent. Jean-Claude Grumberg fait le compte rendu précis d’une humanité complexe qui mêle la mesquinerie à la générosité, la joie au chagrin. Une humanité qui passe du drôle au salace et au pathétique, du fou rire au sanglot, des disputes aux embrassades.
 
«  Ma mise en scène vise à éclairer la dimension universelle de L’Atelier. »
 
Quel type de théâtre cherchez-vous à créer ?
H. J. : Un théâtre qui, à travers la plus grande vérité possible, parvienne à faire vivre tout ce qui compose les relations humaines, tout ce qui se passe dans les têtes, dans les cœurs, dans les corps… J’entends par là tout ce qui est de l’ordre du visible, mais aussi, et je dirais même surtout, tout ce qui est de l’ordre de l’invisible. Mon principal objectif est de faire en sorte que le théâtre paraisse aller de soi, qu’une sorte d’évidence se dégage de la représentation. Cela, en travaillant à ce que les spectateurs se sentent intimement concernés par ce qui se tisse entre les personnages, à ce que les thèmes du texte résonnent très fort aujourd’hui, au-delà même de l’époque spécifique dans laquelle Jean-Claude Grumberg a situé sa pièce.      
 
Voulez-vous dire que vous avez souhaité dépasser le contexte historique de L’Atelier ?
H. J. : Je veux dire que ma mise en scène vise à éclairer la dimension universelle de cette pièce. Bien sûr, je ne procède à aucune actualisation. Je suis, par principe, opposé aux procédés de décontextualisation. Car, je crois que l’art du théâtre est avant tout l’art de la distance, l’art de placer les spectateur dans une position qui les amène à mettre en perspective ce qui se passe sur le plateau, une position qui leur permette d’appréhender le caractère universel des œuvres.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


L’Atelier, de Jean-Claude Grumberg ; mise en scène et dispositif scénique d’Hubert Jappelle. Du 27 novembre au 13 décembre 2009. Les mardis, vendredis et samedis à 21h, les dimanches à 16h. Théâtre de l’Usine, 33, chemin d’Andrésy, 95610 Eragny-sur-oise. Réservations au 01 30 37 01 11.

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