La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Les formations artistiques

Une école et un théâtre ensemble

Une école et un théâtre ensemble - Critique sortie
© Éric Legrand

Publié le 10 octobre 2009

Didier Kerckaert est responsable pédagogique de l’EPSAD, école de formation lilloise qui travaille en étroite collaboration avec le Théâtre du Nord, sous la double houlette du metteur en scène Stuart Seide.

Comment concevez-vous, à l’EPSAD, la formation des élèves comédiens ?
Didier Kerckaert :
Pour apprendre, il n’y a pas d’autre manière que de pratiquer. Le faire à l’intérieur d’une école permet aux jeunes comédiens de prendre le maximum de risques, de devenir conscients d’eux-mêmes et de leurs potentialités, de se lancer à l’eau, de prendre confiance en eux, individuellement et collectivement. Le théâtre, c’est faire et puis regarder, analyser, corriger, mais toujours dans l’action. Passer trois ans dans un système où on est protégé offre le temps et la patience pour mettre au point ses outils de curiosité et de recherche. « L’acteur en mouvement », dit Stuart Seide pour définir l’école : un acteur, c’est quelqu’un qui absorbe le monde entier pour le restituer et le mettre au service d’un projet.

Y a-t-il une particularité de l’enseignement prodigué à l’EPSAD ?
D. K. :
Si particularité il y a, elle est liée au fait que Stuart Seide et moi sommes tous les deux amoureux des textes. Nous sommes dans une pratique textuelle du théâtre. La connaissance de la littérature et des textes nous porte. A partir de là, nous essayons de former les élèves en trois ans, ce qui est à la fois formidable et très court… Les élèves ont des journées de fous, de 9h à 22h, même si, officiellement, la journée s’arrête à 19h ! Nous explorons des pans différents du répertoire en essayant de faire des élèves des comédiens épris de poésie. Nous voulons qu’ils soient curieux, attentifs au passé et à l’Histoire mais aussi aux textes contemporains.

« Nous sommes dans une pratique textuelle du théâtre. »

Quand et comment les élèves rencontrent-ils le public ?
D. K. :
En première année, on essaie de ne pas trop exposer les élèves au regard du public. A partir de la deuxième année, on ouvre davantage l’école vers l’extérieur. La troisième année est celle des travaux personnels des élèves. Nous avons créé récemment un module de simulation professionnelle : les élèves s’emparent d’un projet du début jusqu’à la fin, avec ses contraintes artistiques, administratives, budgétaires, techniques. Dans le courant de leur troisième année, les élèves jouent publiquement, soit au Théâtre du Nord soit dans d’autres structures culturelles. Le dernier atelier d’interprétation est le premier projet professionnel des jeunes gens. Globalement, il y a une montée en puissance de l’exposition publique au cours des trois ans.

Quel est l’intérêt du partenariat entre l’EPSAD et le Théâtre du Nord ?
D. K. :
Quand on a la chance de s’appuyer sur un théâtre, et, qui plus est, un des CDN les plus importants de France, c’est un plus absolument indéniable. L’école peut trop vite ressembler à un huis clos même si elle protège les élèves. L’intérêt de ce partenariat c’est d’abord qu’il permet aux élèves de voir tous les spectacles programmés dans les trois salles du Théâtre du Nord. Jouer dans ces salles leur permet aussi de découvrir de vrais plateaux. Ensuite, le Théâtre du Nord permet aux élèves de rencontrer tous les corps de métier du théâtre et de ne pas s’enfermer dans la problématique de l’acteur. Ils prennent conscience que le théâtre est un travail d’équipe avec des logiques et des sensibilités différentes. Enfin, la richesse de la programmation du Théâtre du Nord nous permet d’accueillir à l’EPSAD les metteurs en scène de la saison et de multiplier les rencontres artistiques.

Propos recueillis par Catherine Robert

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