La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Un rite personnel

Un rite personnel - Critique sortie
Crédit : JP Estournet Légende : Gulko, fondateur de la compagnie Cahin-Caha.

Fondation BNP Paribas : 15 ans d’engagement auprès des Arts du Cirque / Little Rose / mes Gulko / Fou Cheval / conception, écriture et jeu Gulko

Publié le 11 novembre 2014

Alors que Little Rose continue son chemin en tournée, le fondateur de la compagnie Cahin-Caha travaille à la création de Fou Cheval. Une nouvelle occasion d’exprimer la radicalité d’un « cirque bâtard ».

Pouvez-vous revenir sur la notion de « cirque bâtard », au sein duquel vous situez votre univers de création ?

Gulko : Il s’agit, pour moi, d’un cirque créé par des artistes ayant des intimités surprenantes (faites de rencontres, de coups de cœur et de risques personnels), des artistes qui colportent une vision riche de notre condition contemporaine, touchent un vécu universel de l’être humain. Dans une période faisant souvent référence à la pureté des peuples, Cahin-Caha s’est installée sur le terrain de la rencontre (entre formes d’expression différentes, entre gens de diverses cultures), avec pour but de partager, avec les publics, notre quête d’expériences transcendantes.

Quelle part le risque occupe-t-il dans vos spectacles ?

G. : J’ai fait le choix de faire un art à risques : non seulement le risque physique du cirque, mais aussi le risque d’un art personnel et contemporain créant un vocabulaire et une structure pour chaque spectacle, en appropriation avec des sujets forts. Ce risque représente, pour moi, la reconnaissance du mouvement perpétuel de la vie, et le besoin d’éviter un statu quo, de ne pas se laisser figer dans un format d’action ou de pensée.

« Le risque représente, pour moi, la reconnaissance du mouvement perpétuel de la vie… »

Quels questionnements ont été à l’origine de la création de Little Rose ? Et de Fou Cheval ?

G. : Little Rose pose des questions sur l’intimité : comment nous traçons des lignes à ne pas franchir, comment, ensuite, nous les enjambons avec maladresse ou élégance. L’humour nous a permis de bien nous amuser avec ce sujet. La nudité était une clé pour nous, une recherche de transparence, au-delà d’un effeuillage codifié, cristallisé par notre mise en vulnérabilité. Le cirque a du mal avec la nudité, sans doute parce que la nudité expose la vulnérabilité d’un corps supposé être surhumain. La nudité est trop proche de la mort. Fou Cheval parle aussi de la force de montrer sa vulnérabilité. Cette vulnérabilité passe, aujourd’hui, par le droit à l’autodétermination – au-delà des pressions sociales, pseudo-morales et économiques.

Quels échos se dessinent entre ces deux projets ?

G. : Pour être franc, j’ai pris un tel plaisir à jouer un personnage travesti dans Little Rose, que j’avais envie de regarder de plus près le rapport entre ma féminité et ma masculinité. L’ambiguïté de ce personnage a beaucoup perturbé. Les jugements que j’ai entendus m’ont touché. J’ai donc décidé de dévoiler encore plus. Non seulement par la thématique, mais aussi en reprenant des outils que je croyais périmés pour mon corps d’homme de 52 ans : la danse, le chant, le jonglage. Je me mets en déséquilibre créatif, exposant joyeusement mes « limites physiques croissantes », qui représentent une métaphore de la décadence et de la mort. Ce déséquilibre, qui me fait avancer sur la scène, comme dans ma vie, est un rite d’alchimie. Un rite personnel que je souhaite partager.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

Little Rose, tournée en cours. Fou Cheval, création et tournée en 2015.

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