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Les formations artistiques

Pour un museum-in-progress…

Pour un museum-in-progress… - Critique sortie
© Caroline Ablain

Publié le 10 octobre 2009

Le chorégraphe Boris Charmatz dirige le Musée de la danse, centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne. Son projet pour ce lieu se nourrit entre autres de ses expériences pédagogiques, qu’il retrace dans un livre, Je suis une école (Les Prairies ordinaires, 2009).

En 2002, dans le n°23 d’Art Press, vous écriviez : "Les écoles françaises dormiront tant que l’on ne saura conseiller qu’une chose à un étudiant qui veut être en contact avec des artistes : s’expatrier". Où en est-on en 2011 ?
Boris Charmatz :
C’était un texte très polémique ! La situation s’est améliorée, à mon sens, avec l’arrivée d’Emmanuelle Huynh au CNDC d’Angers, le développement d’ex.e.r.ce à Montpellier, du département danse de Paris 8… Ou P.A.F., à Reims, plate-forme de « libre échangisme » qui permet à de jeunes artistes de se co-former. Cela dit, la formation supérieure en danse est devenue un enjeu européen, avec l’énergie déployée par P.A.R.T.S. à Bruxelles, ou le programme inter-universitaire auquel j’ai participé  à Berlin… Ce qui a changé, c’est que la critique s’est mise en mouvement, et que la réflexion sur les écoles d’art s’est amplifiée. Quand je découvre que le Pavillon du Palais de Tokyo a sélectionné ses candidats en leur demandant un projet chorégraphique, je crois que l’espace symbolique s’ouvre !

« Le Musée de la danse essaie de réarticuler de la pensée et du mouvement, dans la perspective de fonder un nouveau type d’espace public, pour et par la danse. »

Vous-même avez lancé en 2003, au sein de l’association edna, le projet Bocal : une école "nomade et provisoire". Dans votre ouvrage Je suis une école, vous commencez par exprimer un souhait : "Que cette école me quitte, et me loge, enfin." Que faut-il entendre par là ?
B. C. :
Il apparaît dans cette phrase que je ne suis pas en train de raconter par le menu, scolaire, notre programme d’activité, mais que j’essaie de resituer la folie pédagogique que Bocal a provoquée, dans toute sa tourmente. L’intensité du projet m’a jeté dans l’écriture, mais aussi conduit à redéployer l’expérimentation pédagogique à l’échelle d’un centre chorégraphique national : sans le projet Bocal, nous n’aurions pas pu inventer le Musée de la danse.

Quelle place cette réflexion sur la pédagogie y trouve-t-elle ?
B. C. :
Le Musée de la danse essaie de réarticuler de la pensée et du mouvement, dans la perspective de fonder un nouveau type d’espace public, pour et par la danse. Les ateliers qui s’y déroulent sont tout autant des parties émergées de nos collections que des performances, et des pédagogies instantanées. Anne-Karine Lescop et Thierry Micouin ont également développé de gros projets avec des enfants : non pas des « actions culturelles » parallèles, mais de l’action au sens premier, entier, fondateur.  Jusqu’à présent nous avons privilégié des gestes collectifs forts, comme expo zéro ou brouillon, mais cette année nous présentons par exemple la première exposition monographique de Jérôme Bel. A l’issue des trois premières années de ce chantier, qui vise à questionner ce que peut être un Musée de la danse, j’espère que ce museum-in-progress aura effectivement avancé ! Dans les têtes, tout au moins.

Propos recueillis par Marie Chavanieux

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