La Terrasse

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La saison classique en France

Pédagogue militant

Pédagogue militant - Critique sortie

Publié le 2 octobre 2009

Directeur de France Musique, Marc-Olivier Dupin vient également d’être nommé directeur de la musique à Radio France. L’une de ses priorités, sous cette double casquette, est de développer le travail pédagogique. Rien d’étonnant de la part de cet ancien conseiller (de 2000 à 2002) du Ministre de l’Education Nationale, Jack Lang. Marc-Olivier Dupin est par ailleurs l’auteur de Ecoutez, c’est très simple… : pour une autre éducation musicale (éditions Tsipka Dripka).

« Il serait capital qu’une discipline artistique, au choix de l’élève, soit obligatoire au baccalauréat. »
 
 
Pourquoi la France a-t-elle été longtemps en retard dans les actions pédagogiques de musique classique ?
 
Marc-Olivier Dupin : Il y a tout d’abord une raison culturelle. Le terrain fondamental, incarné par exemple par la pratique du chant choral, n’est pas aussi travaillé que dans les pays anglo-saxons, luthériens ou de l’Est de l’Europe. L’autre argument est d’ordre économique. En Grande-Bretagne, la crise des publics a été particulièrement violente, car les orchestres britanniques sont très faiblement subventionnés. Le renouvellement du public était donc une urgence pour eux.
 
Comment comptez-vous développer le travail pédagogique des structures musicales de Radio France ?
 
M.-O. D. : Ma démarche à Radio France repose sur un gros travail de coordination entre les différentes structures : Orchestre National de France, Orchestre Philharmonique de Radio France, Chœur de Radio France et Maîtrise de Radio France. Jusqu’à présent, ces formations étaient très isolées dans le domaine pédagogique. Nous menons actuellement des réunions tous ensemble pour élaborer un projet ambitieux et collectif. Pour cela, il va nous falloir plus d’argent. Nous devons passer à une vitesse supérieure. Je compte, dans ce cadre, m’inspirer du travail que j’ai mené lorsque j’étais à la tête de l’Orchestre National d’Ile-de-France (entre 2002 et 2008). Ce qui est indispensable, c’est d’avoir de bons maillons, entre les musiciens et les enfants.
 
Y a-t-il un risque de démagogie dans ce type d’action ?
 
M.-O. D. : Les actions pédagogiques sont par nature fragiles. Ce n’est pas comme un concert où, si le soliste, le chef et l’orchestre sont bons, on est à peu près sûr du résultat. Il y a beaucoup de questions qui se posent : le choix des œuvres et leur adaptation au public, le travail des différents maillons… Par ailleurs, je suis très sceptique quant à l’initiative de l’orchestre à l’école, qui consiste à dispenser un enseignement instrumental dans les écoles. Car ce type de cours doit se faire d’une personne à une personne, contrairement, par exemple, au chant choral.
 
Vous avez été directeur de nombreux conservatoires, notamment du Conservatoire Supérieur de Paris de 1993 à 2000. Quel bilan faites-vous de l’action de ces établissements ?
 
M.-O. D. : J’observe une grande évolution du métier d’enseignant dans le domaine musical. Longtemps, la formation pédagogique des musiciens était ignorée. Il y a eu un vrai progrès avec l’arrivée, dans les années 70, des diplômes comme le Certificat d’Aptitude. Et aujourd’hui, il y a des professeurs de très grande qualité. Le réseau français des écoles de musique et de conservatoires est l’un des meilleurs qui soient. Mais les conditions ne sont pas toujours satisfaisantes. Parmi les problèmes actuels, il y a l’idée du solfège préalable à l’enseignement instrumental, les longues files d’attente pour que l’enfant puisse jouer d’un instrument et le très fort échec des élèves au moment de l’adolescence.
 
Quel regard portez-vous sur l’enseignement des matières artistiques dans le cadre de l’Education nationale ?
 
M.-O. D. : Il n’y a pas de volonté politique. Les gouvernements successifs font de grandes déclarations, mais, dans les faits et les budgets, on ne voit rien ! Il manque aussi une volonté philosophique, qui consiste à comprendre qu’une vraie éducation artistique est très importante pour le développement de l’enfant. Il faudrait enfin former des enseignants pour cela ! Pour moi, il serait capital qu’une discipline artistique, au choix de l’élève, soit obligatoire au baccalauréat.
 
Qu’en est-il de la pédagogie sur France Musique ?
 
M.-O. D. : C’est une problématique complexe. Car la pédagogie suppose la parole, or l’un des principaux reproches adressés depuis toujours à France Musique, c’est son trop-plein de paroles. Il faut que nous nous engagions dans la pédagogie sans tomber dans le didactisme trop bavard. C’est pour cela que nous développons notre site Internet afin d’en faire une base de données (par exemple sur les œuvres inscrites à l’option du baccalauréat) pour les enseignants de l’Education Nationale. C’est une pédagogie « par rebond », puisque nous ne nous adressons pas directement aux enfants ou aux adolescents mais à leurs professeurs.
 

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

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