La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Nouage singulier du récit, de l’image et du geste

Nouage singulier du récit, de l’image et du geste - Critique sortie
Légende : Josef Nadj et Ivan Fatjo dans Paysage inconnu ©Séverine Charrier

Cirque et dramaturgie du corps

Publié le 11 novembre 2014

Une danse qui caresse le théâtre burlesque, qui joue avec la littérature, la photographie ou le dessin ; une dextérité dans le maniement des objets à faire pâlir jongleurs et acrobates… Josef Nadj invente un art du corps inclassable, et inimitable.

La danse de Nadj est une danse qui (se) raconte : nourrie de ses souvenirs d’enfance en ex-Yougoslavie, de paysages et de traditions slaves, elle nous fait voyager dans un imaginaire qui, au fil du temps, devient un peu celui de chaque spectateur. Dans sa première pièce, Canard pékinois (1987), il s’inspirait d’une histoire venue de sa ville natale : entre les deux guerres, un groupe d’acteurs amateurs monte un spectacle ; une fois les représentations finies, parmi les acteurs retournés à la « vie normale », les suicides se succèdent… L’an dernier, pour Ozoon, le chorégraphe s’inspirait du travail du photographe Charles Fréger à partir de rituels européens, encore en usage, impliquant le port de costumes d’ « hommes sauvages »… Comment, à partir de ces images ou anecdotes, construit-il les fabuleux périples constituant chacune de ses pièces ? D’abord, semble-t-il, en créant un univers visuel et tactile puissant. Le lien aux arts plastiques est évident dans ses jeux de décor, virtuoses et diaboliques : boîtes et trappes, installations… Dans ATEM le souffle (2012), il investit avec Anne-Sophie Lancelin une boîte de 12 m2 et danse pour 60 spectateurs, aux lumières de simples bougies. Dans Les Philosophes (2001) et Ozoon (2013), récemment reprises à la Villette, il explore l’espace circulaire : entre arène et piste de cirque, il revisite le mystère du cercle rituel. La musique, régulièrement présente avec des interprètes live, participe de cette immersion dans un monde fantasque.

Du récit au corps

Dans ces univers forts, le corps est toujours aux prises avec ce qui l’entoure : meubles et masques (par exemple dans Sho-bo-gen-zo, 2008), rapport tactile à la peinture (Les Corbeaux, 2010)… L’an dernier, quand Pedro Pauwels lui a demandé de chorégraphier l’un des soli de sa pièce Sors, Josef Nadj l’a coiffé d’une cloche de 7 kgs. Une façon de créer des images étranges, un personnage fantastique… Tout en induisant un véritable défi corporel : sous ce masque d’un nouveau genre, toute la posture est à réinventer, et chaque geste prend un poids inédit. Rappelons que le chorégraphe, à son arrivée en France au début des années 1980, s’est formé auprès des mimes Decroux et Marceau : l’éloquence du geste est au coeur de sa démarche. Rien d’étonnant, alors, à ce qu’il ait été sollicité pour créer, en 1995, Le Cri du Caméléon, avec la 7e promotion du Centre National des Arts du Cirque. Ni à ce que Paysage inconnu (2014) soit coproduit par le festival Mimos, Institut national des arts du mime et du geste : c’est probablement dans le nouage singulier du récit et du geste, dans l’alliance d’images et de constructions corporelles engageant radicalement l’interprète, que réside l’art dramaturgique dont Josef Nadj, depuis près de 30 ans, imprime le sceau dans l’histoire de la danse contemporaine.

Marie Chavanieux

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