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L’Opéra : une passion

L’Opéra : une passion - Critique sortie
Photo Philippe Jordan : Johannes Ifkovitz.

Publié le 2 octobre 2009

Nouveau directeur de l’Opéra national de Paris, Nicolas Joël a tenu à doter son théâtre d’un directeur musical formé au contact de la scène lyrique. Avec Philippe Jordan (né en 1974), il a fait le choix de la jeunesse autant que de l’expérience.

Quel a été votre parcours avant votre nomination en tant que directeur musical à l’Opéra national de Paris ?
 
Philippe Jordan : J’ai commencé dans de « petits » théâtres allemands, comme répétiteur puis kapellmeister à Ulm. C’est le meilleur moyen d’apprendre le métier, en abordant tous les répertoires : opéras, opérettes, ballets, symphonique. J’ai ensuite été pendant trois ans l’assistant de Daniel Barenboïm au Staatsoper de Berlin, avant de prendre mes fonctions de directeur musical à l’Opéra de Graz en 2001. Mon père [Armin Jordan] considérait le travail à l’opéra comme le choix le plus solide, mais dans mon cas, il s’agit avant tout d’une passion : j’aime la scène et tout ce qui concerne la voix. Depuis 2004, une carrière de chef invité m’a permis de découvrir les scènes lyriques internationales, diriger les orchestres internationaux, comprendre ce qui fait un grand orchestre.
 
Comment se répartissent les rôles entre vous et Nicolas Joël ?
 
P. J. : Nicolas Joël a toujours souhaité un directeur musical, quelqu’un qui soit responsable de l’orchestre, du chœur et de tout ce que cela implique : les concours de recrutement, le travail de fond avec l’orchestre et le chœur et leur gestion au quotidien. En ce qui concerne la programmation, je choisis, en accord avec le directeur, les œuvres lyriques que je vais diriger. Mon rôle est aussi d’influencer la discussion, que ce soit sur le choix du metteur en scène ou sur celui des chefs invités.
 
Qu’est-ce qui a motivé le choix du Ring pour votre première saison ?
 
P. J. : C’est une proposition que m’a faite Nicolas Joël lors de notre première rencontre, indépendamment du poste de directeur musical. Je crois que c’est le bon moment pour programmer la tétralogie, qui n’avait plus été donnée à l’Opéra depuis 1957. Personnellement, j’ai une longue relation avec cette œuvre, à travers une première expérience à Zürich, comme assistant de Jeffrey Tate sur la production présentée à Paris, puis à Berlin avec Daniel Barenboïm. Enfin, la saison dernière, j’ai pu diriger mon premier Ring à l’Opéra de Zurich, dans la mise en scène de Robert Wilson.
 
« Il n’y a rien de pire qu’un metteur en scène et un chef travaillant chacun de son côté. »
 
Comment s’est fait le choix de Günter Krämer ?
 
P. J. : C’est une proposition de Nicolas Joël. J’ai été impressionné par la vision d’ensemble que Günter Krämer a de l’œuvre. Sur Tristan, on peut avoir une approche plus expérimentale ; cela ne suffit pas pour le Ring où les idées de mise en scène doivent reposer sur une conception pensée à l’échelle du cycle entier. Sur le plan esthétique, Günter Krämer sait trouver un bon équilibre entre la modernité et le plus grand respect pour le texte.
 
D’une manière générale, comment envisagez-vous le travail avec les metteurs en scène ?
 
P. J. : Nous devons travailler ensemble, c’est ce que je fais depuis deux ans avec Günter Krämer. Il n’y a rien de pire qu’un metteur en scène et un chef travaillant chacun de son côté. L’idéal, bien sûr, est de se retrouver sur une même conception de l’œuvre, mais le plus important reste le respect que chacun doit avoir pour tous ceux avec qui il travaille. De toute façon, le résultat n’est jamais sûr avant la première.
 
Quelle sera à terme votre présence à l’Opéra ?
 
P. J. : Pour cette saison, j’avais déjà des engagements à Berlin. C’est aussi pour cela que nous nous sommes décidés pour le Ring : il fallait une œuvre forte pour commencer à influer sur l’orchestre. À terme, je dirigerai beaucoup plus, entre trente-cinq et quarante représentations. Il est aussi très important que l’orchestre se produise sur scène, dans le répertoire symphonique. Ces dernières années, l’orchestre s’est produit à la Salle Pleyel et j’aimerais développer de telles séries de concerts « hors les murs », à Paris et en tournée.
 
En tant que chef invité, allez-vous privilégier le répertoire symphonique ?
 
P. J. : Il est évident que, maintenant que je peux faire un grand travail de chef lyrique à Paris, je vais limiter mes invitations dans les autres maisons d’opéra. Je continuerai bien sûr à être présent dans le répertoire symphonique, à Paris avec l’Orchestre de l’Opéra et à l’étranger.
 
Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun

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