La saison classique en France

Symphonique et contemporain : un mariage difficile

Laurent Petitgirard cultive le « réflexe » de la musique contemporaine auprès de son public. Photo : Pascal Dhennequin

La formule est connue : « l’Orchestre national de France peut s’enorgueillir d’avoir créé des oeuvres majeures du XXe siècle », « l’Orchestre de Paris fait une place importante aux compositeurs contemporains »… Les orchestres français clament haut et fort leur attachement à la création contemporaine. Pourtant, mettre des partitions à l’encre encore fraîche sur les pupitres tout en maintenant le public dans les fauteuils n’est pas nécessairement une équation simple.

La solution la plus courante consiste à éviter soigneusement ces œuvres censées faire « fuir » le public. Directeur musical de l’Orchestre national de Lorraine depuis 2002, Jacques Mercier le constate : « une œuvre contemporaine peut suffire à ce que certaines personnes ne viennent pas au concert, mais ça ne doit pas nous empêcher d’en programmer. Il faut compter sur l’intelligence du public, sa capacité à se remettre en question et dépasser ses réticences ». À Paris, si la Cité de la musique est connue pour ses ambitieux programmes thématiques à forte implication contemporaine, sa filiale la Salle Pleyel, plus vaste, est beaucoup plus prudente. C’est donc à un long travail d’éducation du public que doivent se livrer les directeurs artistiques. « Je crois beaucoup au côté réflexe, affirme Laurent Petitgirard, directeur musical de l’Orchestre Colonne. Le public sait que, dans chacun de nos programmes, il y aura une œuvre contemporaine, ça fait partie du jeu ». Pour cette démarche volontariste, l’Orchestre Colonne reçoit, comme nombre de formations en France, le soutien de l’association Musique nouvelle en liberté, dirigée par Benoît Duteurtre, dont le but est précisément de promouvoir la musique d’aujourd’hui à travers des programmes mixtes, en trouvant la bonne association avec les œuvres du répertoire. Effet pervers de cette bonne idée, les orchestres peuvent être tentés de se donner bonne conscience en juxtaposant dix minutes de musique nouvelle et un « produit d’appel ». Se pose aussi la question du choix des compositeurs programmés. « Le premier critère est mon goût personnel, confie Laurent Petitgirard, mais aussi une volonté d’éclectisme qui me fait me tourner vers des compositeurs plus éloignés de ma sensibilité mais dont je respecte le travail ». On remarque cependant que des compositeurs au langage plus complexe, ou supposés moins accessibles, sont souvent écartés.
 
Programme « mixte » ou festival ad hoc ?
 
Une autre solution est de rassembler la création symphonique dans des festivals ad hoc. « Présences » à Radio France remplit ce rôle. « Historiquement, le Philharmonique a pour mission de jouer la musique contemporaine, souligne René Bosc, responsable de la création. Mais en s’affirmant, avec Marek Janowski, comme une référence pour le grand répertoire, il a rendu plus problématique cette mission, d’où la création de Présences en 1991 ». Le festival concentre aujourd’hui une large part de l’effort de création de Radio France. L’alternative retenue par des orchestres de plus en plus nombreux est l’accueil d’un compositeur résident. Après Martin Matalon, Jacques Mercier a ainsi reçu Philippe Leroux à Metz pendant deux ans : « Le public peut suivre le compositeur, apprendre à le connaître et à l’apprivoiser. Il suffit qu’il soit présent, qu’il dise quelques mots, et cela marche beaucoup mieux ». Ces résidences donnent lieu souvent à une ou plusieurs créations. Cependant, l’enjeu demeure aussi la reprise de ce répertoire symphonique, de ce passé récent qui doit revivre d’orchestre en orchestre, pour que ces musiques nouvelles ne restent pas sans lendemain.

J-G. Lebrun

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