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Les Compagnies nationales de théâtre lyrique et musical : un opéra autre et inventif

Les Compagnies nationales de théâtre lyrique et musical : un opéra autre et inventif - Critique sortie
Riders to the Sea de Ralph Vaughan-Williams, remarquable production de l’Arcal en tournée de 2006 à 2009. Photo : Tristan Jeanne Vales

Qu’elles disposent d’un lieu propre comme la Péniche Opéra, d’une résidence privilégiée (l’Arcal au Grand Théâtre de Reims, Opéra Éclaté à Tarbes et au Festival de Saint-Céré) ou qu’elles soient purement itinérante (Justiniana), les Compagnies nationales de théâtre lyrique et musical irriguent depuis trois décennies une vie lyrique aventureuse et décentralisée.

L’opéra est souvent un art démesuré : une qualité, bien sûr, s’il s’agit d’élévation artistique, mais qui a ses défauts, dont n’est pas le moindre la limite que cela porte, de facto, à la diffusion. Alors que, au début des années quatre-vingts, l’idée se fait jour d’un « opéra moderne et populaire », qui deviendra l’Opéra Bastille, d’autres voix, elles aussi désireuses de « démocratiser l’opéra », proposent une alternative au gigantisme. L’idée est de refonder un opéra plus léger et, partant, plus mobile, plus aisément tourné vers les répertoires négligés par l’habitude et, surtout, plus rapproché des publics. La démarche n’est pas nouvelle, et elle s’est souvent accompagnée d’une réflexion sur la nature même du spectacle lyrique, comme avec T&M, ex-Atem (Atelier Théâtre et Musique), fondé en 1976 par le compositeur Georges Aperghis. Les compagnies qui voient le jour au cours de la décennie suivante étendent cette approche, d’abord centrée sur la création contemporaine, à l’ensemble du répertoire. La Péniche Opéra (1982) et l’Arcal (1983) à Paris, l’Ensemble Justiniana (1982) en Franche-Comté et Opéra Éclaté (1985) en Midi-Pyrénées ont en commun, dès leurs débuts, cette soif de découverte. Le répertoire baroque notamment tient une grande place dans leur histoire, avant même qu’il ne s’impose avec succès sur les grandes scènes lyriques. Dès 1982, Justiniana propose un Didon et Énée de Purcell, avant Naïs de Rameau l’année suivante. En 1983 également, l’Arcal (Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique), tout juste fondé par le metteur en scène Christian Gangneron, étonne avec un Orlando de Haendel chanté par le contre-ténor Henri Ledroit, quand la Péniche Opéra redécouvre quelques chefs-d’œuvre oubliés de l’opéra-comique français du xviiie siècle (tels Zémir et Azor de Grétry, Les Femmes vengées et Le Maréchal Ferrant de Philidor).
 
Création et renouvellement des genres
 
D’une manière générale, la légèreté se décline aussi bien dans le répertoire – Opéra Éclaté est passé maître dans l’art de revisiter Offenbach, avec notamment une Grande Duchesse de Gerolstein d’anthologie dès 1996 – que par les effectifs réduits, qui ne sont pas sans rappeler l’English Opera Group fondé en 1946 par Benjamin Britten, un compositeur souvent programmé (Le Tour d’écrou, Curlew River à l’Arcal, Le Petit Ramoneur par Justiniana et la Péniche Opéra). La création reste cependant une mission essentielle. L’accueil de compositeurs en résidence, la commande d’opéras pour tous publics, voire le renouvellement de genres en déshérence (la Péniche Opéra a ainsi revivifié la mélodie contemporaine par des commandes tous azimuts) sont autant de marques d’un engagement pour un art lyrique vivant.
Les quatre compagnies labellisées « compagnies nationales de théâtre lyrique et musical » en 1999, ont aussi contribué à l’émergence de nouveaux interprètes. C’est par exemple dans le cadre des productions de l’Arcal que l’Ensemble Matheus et Jean-Christophe Spinosi ont pu dès 2002 se frotter sur scène au Vivaldi de La Verità in cimento, avant d’enregistrer l’œuvre avec le succès que l’on sait.

Jean-Guillaume Lebrun


Prochaines productions :
Arcal : Le Couronnement de Poppée de Monteverdi, tournée à partir du 8 janvier 2010. Site : www.arcal-lyrique.fr
Ensemble Justiniana : La Lune de Carl Orff à l’amphithéâtre Bastille du 10 au 20 mars 2010. Site : www.justiniana.com
Opéra Éclaté : La Flûte enchantée de Mozart (à Massy du 20 au 23 mars 2010). Site : www.opera-eclate.com
Péniche Opéra : Aller-retour et Le Long dîner de Noël de Paul Hindemith du 19 au 23 octobre. Site : www.penicheopera.com

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